Les fans du Thierry Lhermitte du Splendid, des Bronzés et du Père Noël, vont se régaler à le voir brasser du vent, s’écouter parler et s’agiter dans Quai d’Orsay, le nouveau film de Bertrand Tavernier adapté de la bande dessinée éponyme de Christophe Blain et Abel Lanzac.Il y campe un simili Dominique de Villepin, plus truculent que nature, mettant la pression sur ses collaborateurs pour préparer le fameux discours à l’ONU contre l’intervention américaine en Irak. Un rôle jubilatoire que l’ex-Bronzé, pourtant très occupé à la télévision et au théâtre, ne pouvait décidément pas laisser passer.Il restera, en effet, parmi les sommets de sa déjà longue et riche carrière…

Connaissiez-vous la BD avant d’accepter le rôle?
Oui.On me l’avait offerte à noël et je l’avais adorée.Mais j’étais loin de penser qu’on en ferait un film et que j’en tiendrai le rôle principal.Quand Bertrand me l’a proposé, j’étais ravi.L’adaptation m’a épaté.

Avez-vous rencontré Dominique de Villepin?
Oui, mais 5 ans avant de faire le film et sans savoir que je le ferai, au cours d’un dîner privé.Je l’avais trouvé charmeur et cultivé, mais pas aussi exubérant que ce qu’on en disait. Je ne l’ai pas revu depuis et j’ignore ce qu’il peut penser du portrait qu’en fait le film.

Comment définiriez-vous votre personnage?
Il est légèrement odieux (rires), mais par arrogant ni méprisant.Il est tellement habité par sa mission et par l’idée qu’il se fait de la grandeur de la France Éternelle, qu’on lui pardonne tout.Je le trouve plutôt flamboyant et sympathique.

Comment vous êtes vous préparé au rôle?
Je n’ai surtout pas cherché à être dans l’imitation.J’ai seulement revu le fameux discours, juste pour savoir s’il lisait des notes et comment il posait son regard.Pour le reste, je m’en suis strictement tenu au scénario.Il y avait largement de quoi s’occuper avec le texte! Je ne sais pas pourquoi, mais ces dernières années on ne me confie que des rôles de types qui n’arrêtent pas de parler (rires).Mais bon, là, ça faisait un peu partie de la fonction.J’ai accepté le portefeuille avec ce qu’il y avait dedans.

Vous êtes vous trouvé des ressemblances avec le personnage?
Non.Je ne me sens pas investi d’une mission comme lui.Je suis juste l’interprète.La difficulté, c’était de montrer que, derrière l’agitation et la loufoquerie du personnage, il y avait un objectif ambitieux.Son discours de l’ONU est quand même une merveille et sa position sur la guerre en Irak et les armes de destruction massive était visionnaire.Il en a parfois l’air mais ce n’est pas un zozo.Il fallait que cela se sente dans mon jeu depuis le début.

Est ce que ça a changé le regard que vous portiez sur les hommes politiques?
J’ai un peu d’admiration que je n’avais pas avant et plus de respect pour le travail qu’ils accomplissent.On a l’impression, surtout dans la diplomatie, qu’ils ne font qu’aller de réceptions en réceptions.Mais, derrière, il y a énormément de travail de cabinet.

Aviez-vous conscience que ce rôle risquait de marquer votre carrière?
Non, pas du tout.Je me suis juste régalé à le faire.J’ai rarement été aussi heureux d’aller sur un tournage et de dire mon texte. J’ai savouré
chaque mot, de chaque scène. Je ne sais pas quels sont les rôles qui marqueront ma carrière, comme vous dites.Je peux juste dire lesquels m’ont appris le plus.Celui du Dîner de cons en fait partie.Avec Veber, j’ai appris à ne jouer que la partition.Jusque-là, je m’arrangeais toujours un peu avec le texte.Après le Dîner, j’ai définitivement arrêté de bricoler.Ca m’a servi de leçon, notamment pour ce film-ci, où le texte est primordial.