Après quatre années consacrées au théâtre et à ses trois enfants, Cate Blanchett fait un retour fracassant au cinéma dans le nouveau film de Woody Allen, Blue Jasmine, où elle incarne une princesse de l’upper east side qu’un revers de fortune contraint à retourner à sa condition d’origine et à aller habiter chez sa sœur dans un quartier bohème de San Francisco. Une composition époustouflante, qui pourrait lui valoir l’Oscar de la meilleure actrice qu’elle mérite depuis longtemps. ÀDeauville, où le film était présenté en avant-première française et où elle a reçu un hommage pour l’ensemble de sa carrière, l’actrice australienne nous a parlé du tournage et de son travail…

Woody Allen dit que travailler avec vous c’est simple : « Vous l’engagez et vous vous écartez de son chemin ».Ca s’est réellement passé comme ça?
Presque.Un tournage avec Woody Allen, c’est assez intéressant.Tout se fait l’air de rien. Tout est écrit dans le scénario et lorsque vous arrivez, il vous laisse faire ce que vous avez compris du rôle, en espérant que ça lui plaise. Il n’y a dans son travail aucune complication, aucune prétention.Il ne s’attache pas aux détails.Tout se fait de façon très rapide…

Pourtant, le rôle de Jasmine est particulièrement complexe…
La complexité ne me fait pas peur. Plus c’est complexe, plus il y a de matière à jouer. Ce qui était particulièrement intéressant ici, c’était l’état dans lequel gît cette femme qui est dans une romantisation et dans un fantasme permanent dans sa vie. Son rapport au réel est très furtif elle est dans la fabrication d’une image d’elle-même et elle se donne un mal de chien pour coller à cette image. C’était passionnant à jouer.

Une actrice à succès comme vous peut-elle aussi avoir des difficultés à rester connectée à la réalité?

Tous, nous flirtons avec le fantasme en permanence. Ce n’est pas seulement le cas des actrices… En ce qui me concerne, je vous rassure, j’ai une vraie vie : des enfants a élever, un travail au théâtre…

Parlons en justement : avant Jasmine vous avez joué Blanche DuBois dans Un Tramway nommé désir. Les deux rôles sont assez proches, non?
Oui.Je pensais d’ailleurs que Woody Allen m’avait vue dans le Tramway et qu’il m’avait choisie pour ça.Mais apparemment non. La construction du personnage très similaire du personnage, qui se tient dans une limite très ténue entre fantasme et réalité, est assez similaire. Mais ce type de personnage v se retrouve dans tout le théâtre américain, pas seulement dans l’œuvre de Tennessee Williams.

Un hommage à Deauville, une probable nomination à l’Oscar de la meilleure actrice :Comment le vivez-vous?
Je suis ravie.Je pense d’ailleurs qu’il faudrait me rendre hommage tous les ans! (rires).Non, sérieusement, après plusieurs années consacrées au théâtre, c’est rassurant et agréable de se dire qu’il y a une carrière cinématographique à laquelle je peux revenir et sur laquelle je peux me retourner. Je suppose que j’ai atteint un âge raisonnablement avancé pour autoriser ce genre de choses. Je n’en reviens pas moi-même d’avoir fait des rôles si différents avec des réalisateurs si prestigieux. Si on m’avait dit qu’un jour je jouerai Bob Dylan! (rires).Je garderai quand même une place particulière pour ce travail avec Woody Allen car il représente, pour moi, truchement idéal entre le théâtre et le cinéma.

Quel est votre film préféré de Woody Allen?

Je suis contente que vous me posiez la question parce que j’ai revu tous ses films avant le tournage. Je les aime tous, mais Hannah et ses sœurs est certainement celui que je préfère aujourd’hui. Les rapports entre ces femmes me touchent beaucoup. Il a un don particulier pour créer des archétypes féminins au cinéma.