Avant Elton John et Lady Gaga, il y eut Liberace (Michael Douglas).Pianiste virtuose, artiste exubérant, bête de scène et des plateaux télévisés, Liberace affectionnait la démesure et cultivait l’excès, sur scène et hors scène. Un jour de l’été 1977, le jeune et beau Scott Thorson (Matt Damon) pénétra dans sa loge et, malgré la différence d’âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. « Ma Vie avec Liberace » narre les coulisses de cette relation orageuse, de leur rencontre au Las Vegas Hilton à leur douloureuse rupture publique.


Bien qu’il soit reparti bredouille, Ma Vie avec Liberace restera dans les mémoires comme le premier téléfilm à avoir été sélectionné en compétition à Cannes.
Produit par la chaîne américaine HBO, alors que les studios d’Hollywood l’avaient inexplicablement retoqué, le nouveau film de Steven Soderbergh (Sexe Mensonge et Vidéo, Ocean’s 11...) méritait amplement sa sélection.Il aurait même dû valoir à Michael Douglas et Matt Damon un double prix d’interprétation masculine, tant leur composition est extraordinaire. Douglas est méconnaissable en précurseur d’Elton John et, en éphèbe blond permanenté au look disco, Matt Damon vaut lui aussi son pesant de strass.
Pour autant, ce n’est pas un remake de La Cage aux folles, ni de Pédale douce. Alors que l’univers ultra-kitsch de Liberace se prêtait à toutes les outrances, le film est un modèle de retenue et de finesse. Si la première partie est d’une grande drôlerie, la seconde bascule dans l’émotion, avec la disgrâce de Scott et les débuts de l’épidémie de Sida, dont Liberace sera une des premières victimes célèbres.
Le jury de Steven Spielberg a vraiment manqué une belle occasion de faire la nique aux censeurs d’Hollywood et de servir la cause gay en ne primant pas ce film, qui risque, hélas, de ne pas connaître le succès qu’il mérite en Europe, où le personnage de Liberace est assez peu connu.