A l’approche de l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats Unis, un journaliste du Washington Post, Will Haygood, avait eu l’idée de rechercher parmi le personnel de la Maison Blanche le témoignage d’un employé noir. Il était alors tombé sur Eugene Allen, un majordome qui avait travaillé sous huit présidents des années 50 aux années 80 ! C’est cet homme qui a inspiré le personnage de Cecil Gaynes, interprêté par Forest Whitaker dans Le Majordome. Sorti aux Etats Unis depuis plusieurs semaines, le film de Lee Daniels connaît un immense succès et est N°1 du Box Office. On, dit même qu’ il aurait arraché des larmes au président Obama. A Deauville, où il était présenté en avant première la semaine dernière dans le cadre du 39e festival de cinéma américain, le réalisateur de Precious et Paper Boy a expliqué ce qui l’avait conduit à s’intéresser à cette histoire et confié ce que lui inspirait son succès...

Qu’est ce qui vous a attiré dans le scénario de Danny Strong ?
J’ai d’abord été particulièrement intéressé par les rapports entre père et fils. Ce n’est qu’en cours de tournage que je me suis vraiment aperçu que l’histoire dépassait largement ce cadre là et touchait à toute l’histoire du mouvement civique aux Etats Unis. L’homme dont a été inspiré cette histoire a dit le jour de l’investiture d’Obama qu’il n’aurait jamais osé « rêver de rêver assister à un moment pareil ». Ca en disait long sur le chemin parcouru par la société américaine durant sa vie d’homme

Entre la non violence du père et l’activisme du fils , quelle voie auriez-vous choisie?
C’est une question difficile. Aujourd’hui la non violence l’emporte et c’est tant mieux. Mais il a quand même fallu que des jeunes gens s’engagent et se battent pour en arriver là. Ces jeunes sont des héros. Personnellement, je n’aurai certainement pas eu l’étoffe pour faire ce qu’ils ont fait. Mais si le film peut aider à créer des vocations, j’aurais rempli mon rôle.

L’élection d’Obama est-elle un achèvement ou encore seulement une étape vers l’égalité?
La phrase qui est prononcée dans le film : « Aux Etats-Unis, n’importe quel blanc peut tuer n’importe quel noir sans être inquiété pour cela » est encore vraie, hélas. J’en ai eu l’amère conviction quand j’ai eu fini de monter la scène dans laquelle le majordome rencontre Obama. Cela peut sembler un achèvement vu le trajet parcouru, mais le chemin vers l’égalité réelle est encore long.

Comment vivez-vous le succès du film aux Etats-Unis ?
Je me pince pour y croire. On manque encore de recul pour en cerner les raisons. En tout cas, j’ai été très touché de la réaction du président Obama. Le message est passé dans les deux sens.

Le Film
Comme le président Obama, préparez les mouchoirs ! Depuis le déjà très lacrymal Precious, Lee Daniels n'est pas spécialement réputé pour faire dans la dentelle et sur pareil sujet , on pouvait s'attendre à ce qu'il en remette des louches. Pourtant, Le Majordome se tient à un niveau plutôt correct et s'il touche les cordes sensibles c'est avant tout que l'histoire est belle (en plus d'être en grande partie véridique). Le bon Forest Whitaker (que l'on verra bientôt dans Zulu, le film de Jérome Salle qui a fait la cloture du Festival de Cannes) y trouve un rôle qui pourrait lui valoir un nouvel Oscar et plusieurs stars (dont Robin Williams et John Cusack) y font des caméos malins en présidents des Etats Unis. Mais c'est la productrice et animatrice télé Oprah Winfrey qui fait la plus forte impression en épouse du héros. On avait oublié depuis La Couleur Pourpre (Spielberg 1985) quelle excellente actrice elle était.