Mon très cher Gatsby,
Quelle pitié que tu aies choisi de rester passer l’été à Long Island, plutôt que de venir avec nous sur la French Riviera! Avec Daisy et Tom, nous coulons, depuis notre arrivée sur la Côte d’Azur, des jours magnifiques. Malgré les conseils de notre ami Francis-Scott, nous avons finalement renoncé à établir nos quartiers à Juan les Pins pour filer directement à Monte Carlo nous installer à l’Hôtel de Paris.Tu adorerais l’endroit! Comme Daisy aime à le répéter (environ vingt fois par jour) : c’est « une sorte de Disneyland pour milliardaires ».

En arrivant, à la nuit tombée, sur la place d’où je t’écris cette carte postale, alors que nous laissions la Bentley au voiturier pour monter les marches du casino, un feu d’artifice illumina de mille feux colorés les façades belle époque du casino et de l’hôtel de Paris.« Décidément, ces gens-là savent recevoir » apprécia Tom, qui a sincèrement cru qu’on le tirait en son honneur (Tu connais sa proverbiale prétention) Nous avons aussitôt décidé de passer là le reste de l’été.Comme nous avons bien fait! Sans le savoir, nous sommes tombés en pleine célébration du 150e anniversaire de la Société des Bains de Mers, l’institution qui gère les hôtels et les casinos de la principauté.

Depuis, nous allons de fête en fête, dans un maelström de feux d’artifice, de musique, de danse et de champagne.Je te prie de croire qu’elles ne cèdent en rien, question magnificence, à celles que tu donnes à West Egg.Hier soir, par exemple, nous étions conviés à un charmant « dîner sur l’herbe » (ici le terme de « pique-nique » n’a pas cours), donné pour 500 convives sur la place du casino, spécialement engazonnée pour l’occasion.

Le repas était confectionné par Alain Ducasse, l’un des plus célèbres chefs cuisiniers français, dont nous avions eu le bonheur de goûter la cuisine la veille au Louis XV, le restaurant gastronomique de notre hôtel.


Après avoir fait bombance (Tom a repris trois fois de chaque dessert), nous avons assisté avec Daisy à un concert de Lang Lang et de Jamie Cullum, dans la minuscule mais somptueuse salle de l’opéra Garnier qui jouxte le casino. La plupart des joueurs ignorent l’existence de cette splendeur, à laquelle on accède pourtant par le même hall que les salles de jeux.

J’ai précisé que nous avions assisté au concert « avec Daisy » car Tom, qui avait quelque peu abusé du mojito-champagne, s’est trompé de porte en revenant des toilettes (c’est du moins ce qu’il a prétendu) et a atterri au Buddha Bar, à l’opposé du bâtiment.De là, il s’est laissé entraîner (a-t-il également prétendu) par un groupe de fêtards jusqu’au Jimmy’z (le night-club local) où, « ne nous trouvant pas » (sic), il a passé le reste de la nuit à « parler business avec un groupe de femmes d’affaires russes » (toujours selon ses dires). Les affaires ont dû être bonnes car, tout à l’heure, malgré une sévère gueule de bois, Tom, faisant preuve d’un empressement et d’une générosité inaccoutumés, a entrainé Daisy dans une bacchanale de shopping, dont elle est revenue couverte de Dior, d’Hermès et de Cartier de la tête aux pieds.

Les voici d’ailleurs qui reviennent me chercher, en robe du soir et smoking, pour aller assister au concert d’ouverture de la saison d’été au Sporting.Il s’y produit un chanteur anglais du nom de Rod Stewart.Si jamais tu te décidais à quitter ton ermitage new-yorkais pour nous rejoindre, sache que Rihanna y chante la semaine prochaine.
Je ne t’embrasse pas, car le temps me manque: Tom et Daisy m’entraînent vers un avenir orgastique. Tendre est la nuit monégasque…

Ton fidèle ami, Nick Carraway
CPM