C’est, en toute logique, à Marseille que Daniel Auteuil est venu présenter en avant-première, Marius et Fanny, les deux premiers volets de la célèbre trilogie de Marcel Pagnol qu’il vient de réaliser. Les deux films sortent le même jour, mercredi en région PACA et le 10 juillet dans le reste de la France. Une série de paris presque ’insensés (faire un remake d’une trilogie archiconnue, prendre la succession de Raimu dans le rôle de César, présenter le film à Marseille, sortir les deux films en même temps…), dont l’acteur réalisateur assume les risques avec une sérénité et un humour à toute épreuve. Comment fait-il? Explications…

Après La Fille du puisatier, s’attaquer à la trilogie marseillaise, c’était une évidence?
Ce premier film en tant que réalisateur m’a en tout cas donné envie de continuer dans cette voie.Et Pagnol était effectivement une évidence.

Qu’est-ce qui vous attire autant en Pagnol?
Son universalité. Et sa modernité. La question centrale de la trilogie, celle de la paternité, est toujours d’actualité : qu’est-ce que c’est d’être père aujourd’hui? Pagnol est un auteur qui m’a toujours porté chance.En plus, il me rend heureux et joyeux.

Se confronter à Raimu, dans le rôle de César, ce n’était pas un peu compliqué?
Je n’ai pas le sentiment de me confronter à qui que ce soit, sinon au texte de Pagnol.Raimu est un acteur que j’admire énormément, mais ça ne me bloque pas, au contraire.Il serait encore vivant, on tournerait ensemble.C’est un truc de transmission.Les grands textes sont faits pour être joués et repris.Pagnol, c’est un classique, comme Molière. Ses mots sont de toute éternité.C’est un double plaisir immense pour moi de les jouer et de les mettre en scène pour d’autres comédiens.

Il y a quand même dans la trilogie des scènes cultes, comme la partie de cartes, qui ne doivent pas être faciles à aborder comme acteur et comme réalisateur, non?
Ah, c’est sur, il faut savoir jouer à la manille! (rires).On a appris et on a joué au plus vrai de ce qu’on allait dire.À la fin, j’étais sincèrement peiné que Panisse me traite de tricheur! (rires). Jouer aux cartes, dans la vie, c’est déjà du théâtre.

Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez vu Marius?
Oui c’était à Avignon, je devais avoir 16 ans.Je considérais Pagnol comme un auteur régionaliste.Il a donné à la Provence son identité cinématographique.Un peu comme Dany Boon l’a fait avec le Nord.J’ai lu ses romans et ses pièces plus tard, quand je suis arrivé à Paris.Quand Claude Berri m’a proposé Jean de Florette, j’étais fin prêt.

En quoi a consisté votre travail d’adaptation?
J’ai essayé d’être un peu moins elliptique, de mettre plus de cinéma.Chaque fois qu’on a pu tourner en extérieurs, on l’a fait.Mais le texte est tellement riche qu’il y avait plus à enlever qu’à rajouter.

La part sombre des personnages, de Marius et de Panisse en particulier, semble moins présente que dans la première trilogie.Est-ce volontaire?
Non, je pense que c’est une impression personnelle. Le texte est le même. Après, chaque acteur apporte sa propre touche. Le casting était crucial.Pour choisir mes acteurs, j’ai fait comme Pagnol : j’ai couché! (rires)

Comment avez-vous traité la question de l’accent?
Jean-Pierre Darroussin a fait 20 films à Marseille avec Robert Guédiguian, je me suis dit qu’il devait être prêt (rires).Sinon, de la même façon qu’on a réinventé Marseille en studio, on a réinventé l’accent.C’est une musique nécessaire.J’avais vu une version sans accent à la Comédie Française, c’était pathétique!



Présenter les deux films à Marseille, ce n’était pas stressant?
Non, je suis serein car on les a faits avec sincérité, honnêteté et rigueur.J’ai appris ça de Claude Sautet : quand on a donné le meilleur de ce qu’on avait, on peut se présenter tranquilles au public.J’étais dans la salle, j’entendais les réactions des spectateurs, je sentais qu’ils prenaient du bon temps. Mais j’avoue que les applaudissements à la fin m’ont quand même fait plaisir.

Avec Marius et Fanny, avez-vous le sentiment d’avoir fait deux films différents ou un seul?
Difficile à dire.On les a tournés en même temps.Peut-être le deuxième s’écarte-t-il plus de la première trilogie?Il y avait moins de passages obligés et on y développe un peu plus les personnages de Panisse et d’Honorine…

Les sortir le même jour, c’est un gros risque, surtout pour le deuxième non?
C’est un choix. On les sort en été pour leur laisser le temps de s’installer. À part les plus jeunes, les gens connaissent déjà l’histoire.Ils iront les voir dans l’ordre qui leur plaît.Marius peut se voir comme un flash-back de Fanny…Moi, je peux voir les Parrain dans n’importe quel ordre…

Vous êtes vous posé la question de la modernité et de l’actualité des thèmes de la trilogie?
Non, pour moi la question ne se pose pas : ce qui caractérise les textes classiques, c’est justement leur intemporalité et leur universalité.Ils correspondent toujours à l’époque où on vit.La preuve : la trilogie traite des rapports père-fils, de la place de la femme, des liens du sang et du cœur qui sont au centre de nombre de films d’aujourd’hui.Et c’est aussi, et avant tout, une formidable histoire d’amour.

Pourquoi ne pas avoir tourné César dans la foulée?
C’était difficile.Il se passe vingt ans entre Fanny et César.Il fallait y réfléchir.J’ai préféré attendre.Mais le scénario est prêt : on le tournera fin 2014.

Et après, continuerez-vous d’adapter Pagnol?
Non, je laisserai Pagnol à d’autres cinéastes.J’ai d’autres scénarios prêts à tourner.

Quel souvenir garderez-vous de votre participation au jury du Festival de Cannes?
C’était formidable.L’enthousiasme, l’amour et le désir de cinéma de ce jury m’ont vraiment donné envie de continuer dans la voie de la réalisation.

Avez-vous montré les rushes de Marius et Fanny à Steven Spielberg?
Non, mais il a vu La Fille du puisatier et il m’a dit avoir beaucoup aimé!

Et maintenant, vacances?
Oui, direction la Corse pour l’été.J’y réviserai le texte de la pièce qui démarre le 24 septembre au théâtre de Paris : « Nos Femmes » avec Richard Berry.