Dans Les Beaux Jours, Fanny Ardant campe Caroline, une dentiste fraîchement retraitée et pas vraiment ravie de l’être, qui s’inscrit comme par défi dans un club de loisirs (Les Beaux Jours), finit par s’y sentir bien et même par tomber plus ou moins amoureuse de Julien (Laurent Lafitte), un animateur séduisant de vingt ans de moins qu’elle, qui collectionne les conquêtes. Une liaison s’engage qui risque de remettre en cause plus encore que l’équilibre de son mariage avec Philippe, son mari (Patrick Chesnais)
Lorsqu’on la retrouve aux Rencontres d’Avignon, où le film était présenté en avant-première, l’actrice de La femme d’à côté (Truffaut) a gardé son look des Beaux Jours : blonde et mystérieuse en imper et lunettes noires. Dans le restaurant que sa silhouette altière traverse à grandes enjambées, les conversations s’interrompent automatiquement sur son passage. Ce qui ne l’empêche pas de répondre très aimablement et longuement aux questions qu’on lui pose…

Accepter un rôle de retraitée, c’était un défi?

Ce que j’aimais, justement, dans cette histoire est qu’il n y a pas de pleurnicheries autour de ça. La retraite, ça peut faire peur, mais dans notre métier il n’y a pas de droit à l’emploi. On dépend du désir des autres, quel que soit l’âge. J’ai accepté ce film parce que j’aime l’univers de Marion Vernoux et qu’il y avait dans le personnage de Caroline quelque chose de libre et d’irréductible qui m’attirait. C’est un personnage très actuel mais pas bovine à suivre aveuglément ce que disent les journaux et les statistiques…

Elle vous ressemble?
Ce n’est pas moi, mais elle n’est pas loin de moi. Je rentre dans les rôles comme les chiens dans la forêt. Quand je lis pour la première fois un scénario, je ne le lis pas avec intelligence, je me dis juste : « Ah, ça, j’ai envie de le jouer ». Il y a comme des échos dans ma tête. Je ne pourrais pas faire quelque chose qui me soit complètement étranger. Ce qu’il y a d’intéressant pour une actrice, c’est d’explorer une partie de soi qu’on ne connaît pas. On n’a qu’une vie, on n’a pas le temps d’explorer toutes les parties de soi. Là, je trouvais gonflé de la part de Marion de me demander de jouer une comédie, parce qu’en fait je pèse 1000 tonnes! (rires). En tant qu’actrice, je pouvais y arriver en y mettant toute mon honnêteté. Après ce sont les situations, les autres personnages, les clins d’œil, le tempo des scènes qui donnent à l’histoire son côté léger.

Elle picole et elle fume pas un peu trop pour son âge, non?
Elle a une culture du vin. Elle n’est pas alcoolique mais aime le bon vin. Il y a comme une forme Stalinienne de la vie maintenant. J’aime bien quelqu’un qui dit : « Je bois, je fume et alors? »

Ce qu’il y a de particulièrement intéressant, ce sont ses rapports avec son mari…

Dans les films, on montre toujours le mari, abruti par rapport à l’amant et vice versa avec la maîtresse. La femme forcément une harpie… Tandis que là, ce que j’aimais dans cette histoire, c’est qu’il y avait une sorte de tentative de réconciliation de tout. C’est un itinéraire. Au départ, c’est un couple très complice, apaisé, très lié, pas un couple endormi. Mais c’est la vie qui s’engouffre avec tout ce qu’on n’attendait pas. C’est ça qui fait que la vie est passionnante, On se dit jusqu’au bout : « Allez, la vie avant tout! »

La complicité entre vous et Laurent Laffite a-t-elle été immédiate?
Oui! On a dîné quelques soirs à la Closerie des Lilas avec Marion et je savais que je me sentirais bien avec cet homme. Il est vif, drôle, pince-sans-rire, rapide.

Vous est-il arrivé d’accepter des rôles pour de mauvaises raisons?
Non! Jamais! Je me dis toujours que je n’ai pas de maison de campagne mais que mon seul luxe est d’avoir toujours été libre. Je n’ai jamais eu de stratégie, j’ai fait les choses parce que je les aimais. Quelques fois ça n’a pas marché du tout mais j’avais mon truc à l’intérieur.