On n’insiste pas assez sur les vertus thérapeutiques de l’écriture chez les vieux rockers.Regardez Neil Young : le Loner était au fond du trou avant d’attaquer son autobiographie fleuve (1).Le point final posé, il a réuni son vieux groupe et a enregistré un double CD de compositions originales, Psychedellic Pill, déjà considéré comme l’une de ses meilleures productions. Le même heureux phénomène vient de se produire avec Rod Stewart.
Après cinq albums de reprises folks et jazz soporifiques (The Great American Songbook), Rod The Mod en était réduit l’an dernier à enregistrer un disque de Noël (Merry Christmas, Baby)! Autant dire qu’on l’avait perdu.Et voila qu’il nous revient avec une autobiographie (2) et un nouvel album de compositions originales qui, lui aussi, pourra être considéré comme l’un des sommets de sa discographie. Pas un chef-d’œuvre de la classe de la trilogie Gasoline Alley (1970) Every Picture Tells Story (1971) Never a Dull Moment (1972), ni de ses disques avec les Faces ou le Jeff Beck Group, évidemment.Mais un recueil de bonnes chansons soul rock, bien chantées, bien jouées et bien produites dans lesquelles sa voix de chat écorché fait à nouveau des étincelles.

N° 1 la semaine de sa sortie

Ses compatriotes anglais, qui n’ont pas toujours été tendres avec lui, notamment dans sa période disco-glam (Blondes have More fun, Foolish Behaviour, Tonight I’m Yours), ne s’y sont pas trompés : l’album s’est propulsé en tête des charts la semaine de sa sortie.Un truc qui, malgré les ventes pharamineuses de ses albums de reprises (23 millions de copies écoulées du Great American Songbook), ne lui était plus arrivé depuis des lustres.
On comprend que Rod ait l’air guilleret sur les photos des premiers concerts de la tournée qui le conduit à faire escale début juillet à Monaco pour l’ouverture du Sporting Summer Festival (3).
Dans son bouquin, l’une des plus amusantes autobiographies de rockstars qu’on ait pu lire, Rod raconte, avec sa franchise et son humour coutumiers, comment il a commencé à enregistrer la première chanson de l’album, « Brighton Beach », sans y croire une seconde, fin 2011 dans son salon à l’heure de la sieste, sur l’iPhone de son guitariste Jim Cregan. L’autre rentra chez lui, bidouilla le truc et le lui renvoya par mail : « Je me surpris à penser que c’était vraiment très bon » se souvient le chanteur.Ce fut le déclic.J’étais lancé.Soudain des idées de paroles me vinrent en tête, je me relevais la nuit pour les noter.Il fut vite évident que j’avais peut-être une dizaine de chansons à enregistrer, un album original entier.Je ne sais pas pourquoi c’est arrivé.Cela a surgi du néant.Ce fut comme une renaissance, un retour à mes origines ».C’est bien comme cela qu’on l’entend : Rod Stewart est de retour.L’été peut commencer et la fête continuer.
. Rod Stewart « Time » (Capitol)
(1)Une autobiographie (Robert Laffont)
(2) L’Autobiographie (Michel Lafon)
(3) Concerts Rod Stewart les 6 et 7 juillet au Sporting Club de Monte Carlo.Complet.