A peine arrivée au Festival de télévision de Monte Carlo, Jacqueline Bisset enchaîne les interviewes, en bon petit soldat, pour présenter la série TV anglaise Dancing on the Edge, dont elle est l’une des vedettes aux cotés de John Goodman (1).Mais, évidemment, c’est du tournage du film d’Abel Ferrara sur l’affaire DSK, Welcome to New York, dont on veut lui faire parler. A l’heure des premières confidences, l’inoubliable partenaire de Jean Paul Belmondo dans Le Magnifique (et de Steve McQueen dans Bullit, entre autres) avoue ne pas trop savoir quoi en dire tant le tournage a, semble-t-il, été chaotique. Qu'importe: on ne se lasserait pas de l’écouter parler en français avec son délicieux accent british et de la regarder, tant sa beauté et son charme ont résisté à l’outrage des ans…

Quand Abel Ferrara vous a proposé de remplacer Isabelle Adjani dans le rôle d’Anne Sinclair vous n’avez pas eu peur?
Un rôle, ce n’est pas le genre de choses qui me fait peur dans la vie. Je n’ai pas hésité, à vrai dire.C’était bien écrit, il y avait Gérard (Depardieu N.D.L.R.) et c’était Abel Ferrara.Trois bonnes raisons de dire oui à un film.On n’en a pas toujours autant.

Vous aviez suivi l’affaire?
À la télé, comme tout le monde.Mais j’ai trouvé ça extrêmement désagréable.De manière générale, j’évite les nouvelles désagréables.J’ai été très surprise qu’on me propose le rôle.J’en ai parlé avec Abel sur Skype mais à la fin de la conversation je ne savais toujours pas ce qu’il voulait exactement. Arrivée sur le plateau, je lui ai quand même demandé si je jouais bien Anne Sinclair?Il m’a répondu : « C’est à vous de voir »! Je n’étais pas plus avancée (rires).

Comment l’avez-vous jouée alors?
J’ai joué la femme en colère.J’arrive à New York après le déclenchement de l’affaire et j’y reste trois mois avec lui en attendant qu’il puisse repartir pour la France.Il n’y a pas de quoi se réjouir beaucoup dans cette situation...

Vous connaissiez Anne Sinclair?

Oui, je la voyais à la télévision, quand j’étais en France.Je la trouvais magnifique, radieuse, d’une grande intelligence.Une femme extraordinaire.J’étais flattée qu’on me demande de l’incarner.

Finalement, comment s’est passé le tournage?
Mais très bien! J’ai aimé faire ce film, même si je ne comprenais pas toujours ou Ferrara voulait en venir. Je crois que c'est surtout l'obsession sexuelle qui l'interesse dans cette histoire... Gérard a été très sympa, c’était facile entre nous.Je crois qu’il était content d’avoir une partenaire qui parle français.On a beaucoup improvisé, en français et en anglais.le doublage va être coton! (rires).Je suis curieuse de voir le résultat, mais je crois que ça va aller. Abel Ferrara est un original, très passionné, emporté. Il crie beaucoup sur le plateau, mais ça ne me fait pas peur.Je me suis toujours bien entendue avec les hommes un peu fous (rires).J’aime travailler avec des artistes, sinon je ne ferais pas ce métier.

Justement, qu’est ce qui vous pousse à continuer après une carrière aussi bien remplie que la vôtre?

Quand je regarde la liste de mes films, effectivement, je me dis que ce n’est pas possible: ce n’est pas moi qui ai fait tout ça. Mais je ne suis pas au musée, j’ai encore envie de trouver de nouveaux rôles, d’essayer d’autres emplois.J’aimerais faire une vraie méchante, encore pire que celle que j’ai faite dans Nip/Tuck. Et aussi revenir tourner en Europe.je ne sais pas si c’est l’age, mais la France et l’Angleterre commencent à me manquer.

Vous reviendriez tourner en France?
Bien sûr.J’ai vu et aimé beaucoup de films français ces deux dernières années. Marion Cotillard m’a vraiment emballée dans De Rouille et d’Os. Mais mon film préféré reste Amour de Michael Haneke, que j’ai vu quatre fois.J’étais outrée et ulcérée qu’Emmanuelle Riva n’ait pas eu l’Oscar.Elle le méritait tellement! Sa performance y est tout à fait extraordinaire.