En 2005, la France se découvrait un nouveau grand cinéaste : Abdellatif Kechiche, enfant des Moulins à Nice, fils d’une famille de cinq enfants, né de parents immigrés de Tunisie en 1967. A 45 ans, Abdel venait de recevoir d’un coup 4 César pour son dernier film L’Esquive, succès surprise de l’année.En souvenir du temps où, adolescent, il accompagnait son champion de frère Ymed aux combats de boxe dans la voiture du journal, ce grand taiseux avait accepté de me raconter son parcours…

Comment est née votre vocation pour le cinéma?

Je ne sais pas très bien, à vrai dire. J’habitais si près de la Victorine qu’il a dû y avoir comme une influence inconsciente… À 14-15 ans, je me suis inscrit au conservatoire de Cimiez et, dès que je pouvais, j’allais voir des films à la cinémathèque. Ce n’était pas évident. Des Moulins, il fallait prendre plusieurs bus… Il aurait été plus simple de faire du foot ou de la boxe. Mais à un moment je me suis mis à voir jusqu’à 7 films par jour…

Après une expérience au TNN, on vous découvre en 1984 dans Le thé à la menthe puis chez Téchiné avec Les Innocents. Comment avez-vous réussi à sauter le pas?

En 1978, j’ai suivi à Paris ma prof d’art dramatique, Muriel Channey, qui mettait en scène une adaptation de Garcia Lorca. J’ai ensuite joué dans Un balcon sur les Andes d’Eduardo Manet à l’Odéon. Ce qui m’a permis de rencontrer Abdelakrim Bahloul qui préparait Le thé à la menthe. Ça s’est enchaîné comme ça.

Vous êtes alors un des premiers comédiens issus de l’immigration. Vous recevez même deux prix d’interprétation. Puis vous disparaissez de l’écran. Pourquoi?

Dès Le thé à la menthe, j’avais dans l’idée de passer derrière la caméra. J’ai commencé à écrire des scénarios et à essayer de les monter. Celui de L’Esquive est d’ailleurs l’un des premiers que j’ai écrits. Mon kif, c’est de faire bouger un plateau de cinéma : c’est là que je jubile vraiment.