Annoncé comme le possible scandale du Festival, parce qu’inspiré du sulfureux roman de Sacher Masoch, La Vénus à la Fourrure en aura été l’éclat de rire final. Bien venu(s) donc, en bout de compétition, il en a offert une sorte de condensé (les rapports hommes femmes et la sexualité ont été au centre de la plupart des films) et a été très applaudi en projection de presse.
Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour l’adaptation du roman de Sacher Masoch qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas (Mathieu Amalric en sosie de Polanski jeune) se lamente au téléphone sur la nullité crasse des candidates.Il se prépare à partir rejoindre sa fiancée lorsque débarque Vanda (Emmanuelle Seigner en clone de sa sœur pétasse-campeuse-allumeuse), tornade d’énergie délurée visiblement prête à tout pour obtenir le rôle.Vanda incarne sans doute à peu près tout ce que déteste Thomas.Elle est vulgaire, n’a aucune culture littéraire, jure comme une charretière et n’a que 50 mots de vocabulaire (dont « genre » qu’elle répète à chaque phrase). À la fois intimidé, amusé et ému par le personnage, Thomas consent à lui faire passer l’audition…Et découvre stupéfait que non seulement elle connaît la pièce par cœur mais qu’elle a tout compris de ses ressorts. S’engage alors, entre l’actrice qui se révèle et le metteur en scène qui lui donne la réplique, un jeu trouble de séduction et de domination, dont la pièce fournit le texte…
Sacré Polanski! À presque 80 ans (il les aura en août), le réalisateur palmé en 2002 pour Le Pianiste , parvient encore à surprendre et à séduire avec un nouveau huis clos adapté d’une pièce de théâtre.
On attendait un successeur de Lune de Fiel ou de La Neuvième Porte et c’est un nouveauCarnage qu’il met en scène. La première partie est d’une grande drôlerie, la deuxième est plus grinçante et vire sans crier gare au manifeste féministe. C’est brillant, enlevé, intelligent: c’est du Polanski.Emmanuelle Seigner, qui n’avait plus tourné avec son mari depuis La Neuvième Porte, y fait une composition ébouriffante.Ca va se bousculer au portillon pour le prix d’interprétation féminine !