Onze ans après Monsieur Schmidt (un des derniers grands rôles de Jack Nicholson) et dans une veine assez similaire, Alexander Payne est de retour à Cannes avec un nouveau road movie nostalgique, entièrement tourné en noir et blanc.
Nebraska conte l’histoire d’un vieil homme, Woody Grant (Bruce Dern) qui commence à devenir sénile et qui, recevant au courrier un avis de tirage au sort publicitaire, se persuade qu’il a gagné le gros lot.Sa femme (June Squibb, épatante) et ses deux fils ont beau essayer de le ramener à la raison, rien n’y fait.Woody est prêt à fuguer pour aller toucher à pied son magot à deux États de là.
Ne sachant plus quoi faire, son plus jeune fils David (Will Forte) décide de l’y conduire.Ils ne se sont jamais beaucoup parlé (Woody était du genre taiseux même avant de devenir à moitié gâteux) et c’est peut-être leur dernière occasion de le faire.C’est le début d’une odyssée tragicomique, qui les conduira, notamment, à s’arrêter rendre visite au reste de la famille dans la petite ville du Nebraska où Woody est né et a passé sa jeunesse...
Relations parents-enfants (The Descendants), déambulations nostalgiques dans l’Amérique profonde (Mister Schmidt, Sideways), Alexander Payne revisite dans Nebraska des thèmes qui lui sont chers.De l’album de Bruce Springsteen, auquel le titre du film fait immédiatement penser, il n’a retenu que la photo de pochette (un ruban de route déserte en noir et blanc), mais il en a la beauté et la chaleureuse humanité.
Comme dans les chansons du Boss, l’Amérique que filme Payne est celle des gens ordinaires, des banlieues grises et des small town, gros bourgs ruraux traversés par une route unique.Celle qu’empruntent Woody et son fils serpente sur 1500 kms à travers l’ancien Cornhusker State, celui des champs de maïs exploités jadis par des familles d’immigrants venus d’Europe du Nord.Comme celle de Woody, qu’il retrouve en état de momification avancée (la scène de réunion de famille devant la télévision vaut son pesant de corn-flake!).
Entre tendresse et ironie mordante, dans un noir et blanc somptueux (photoghraphie de Phedon Papamichael), Nebraska propose un nouveau voyage au cœur de la famille américaine.Il a rappelé aux festivaliers Une Histoire vraie, le film de David Lynch, en compétition en 1999, dans lequel un vieil homme traversait plusieurs états sur une tondeuse à gazon pour aller visiter une dernière fois son frère aîné...