Un téléfilm en compétition à Cannes?Une première! Faute de trouver à Hollywood le budget pour réaliser son biopic du pianiste et chanteur queer Liberace, précurseur d’Elton John de Freddie Mercury et de Lady Gaga, Steven Soderbergh (Sexe, Mensonges et Vidéo, Ocean’s Eleven...) l’a tourné pour la chaîne américaine HBO.Ce qui lui barre la route des Oscars, mais lui ouvre celle de Cannes, où le jury de Steven Spielberg pourrait être tenté de lui décerner un ou plusieurs prix (Queer Palm assurée), histoire de faire la nique aux censeurs d’Hollywood et de soutenir la cause gay.
Ils ne seraient d’ailleurs pas volés tant la mise en scène, le scénario, les dialogues et l’interprétation sont brillants, au sens propre comme au sens figuré. La composition de Michael Douglas en Liberace et de Matt Damon dans le rôle de son petit ami Scott Thorson (auteur du livre dont le film est tiré) pourrait même leur valoir un double prix d’interprétation masculine.Douglas, qui sortait de chimiothérapie au moment du tournage est méconnaissable (s’il se tourne un biopic de Dick Rivers, il pourra facilement recycler sa moumoute) et Matt Damon en éphèbe blond(e) permanenté(e) et look disco, ça vaut le détour.
Pour autant, on n’est pas dans un remake de La Cage aux folles, ni de Pédale douce. Le (dernier?) film de Soderbergh est un modèle de finesse et de tendresse dans l’univers pourtant ultra-kitsch de Liberace.Si la première partie est d’une grande drôlerie, la seconde bascule dans l’émotion avec la disgrâce de Scott et les débuts de l’épidémie de Sida, dont Liberace sera une des premières victimes célèbres avec Rock Hudson.