Rien n’interdit évidemment, lorsqu’on a atteint un certain niveau de notoriété, d’expertise et de crédibilité financière dans son propre pays, d’avoir envie de faire voyager son cinéma et de se mesurer directement aux maitres qui l’ont inspiré.L’entreprise n’est, hélas, pas sans risques.Ils sont même exactement à la mesure de l’ambition qui guide le projet, donc considérables.
Après le succès public de son premier polar, Ne le dis à personne et celui, plus considérable encore de son film choral (Les petits mouchoirs), Guillaume Canet s’est cru prêt à tenter l’aventure avec un remake des Liens du Sang, dans lequel il jouait aux cotés de François Cluzet et que Jacques Maillot avait réalisé en 2008.L’histoire de deux frères ennemis: l’un braqueur (Cluzet à moustache) et l’autre flic (Canet dans sa grande période gendre idéal).
On imagine considérable le budget qu’il a fallu réunir pour ce remake américain, situé dans le New York interlope et crade des années 70 , auquel ne manque aucun décor d’époque, ni aucune voiture vintage, et qui réunit un casting tellement prestigieux que sa présence au Festival de Cannes, ne faisait aucun doute pour personne, des mois à l’avance. C’est donc là qu’on l’a découvert hier, hors compétition (faut pas exagérer non plus), cinq mois avant sa sortie en salles. Ce qui laissera peut-être le temps d’oublier l’ampleur du ratage qu’il constitue.
Il semble, en effet, que Guillaume Canet ait mal intégré la différence entre hommage au cinéma US des années 70 et caricature.Ce n’est pas parce qu’on pose ses caméras sous le pont de Brooklyn qu’on s’appelle William Friedkin et qu’on refait French Connection.Et ce n’est pas, non plus, en faisant porter à Clive Owen le costume de James Caan dans Le Parrain qu’on arrive à la cheville de Francis Ford Coppola (ou de Martin Scorsese quand on fait se déchainer la violence dans un bar louche). Même réécrit avec James Gray (que venait-il faire dans cette galère?), le scénario du petit polar lyonnais de Jacques Maillot pouvait difficilement supporter qu’on essaie d’en tirer à la fois Mean Streets et La nuit nous appartient. Tout y est cliché, surligné et redondant.Seuls rescapés du désastre Clive Owen, Billy Crudup et surtout James Caan (parfait dans le rôle du père) font ce qu’ils peuvent pour combler les failles du scénario et donner un peu de crédibilité à un film qui en manque cruellement. Les filles, elles, sont toutes filmées pareil (au point de se ressembler étrangement) et ne font que de la figuration.Sauf Marion Cotillard (en prostituée-mère de famille-héroinomane), qui s’expose au risque d’un nouveau web bashing, avec sa mèche à la Sue Ellen, sa bouche tordue, son accent américain de cuisine et ses «fuck» à répétition. Sortez les (grands) mouchoirs!