Une belle histoire, bien racontée, avec de bons acteurs…Encore? Contrairement à la météo, le Festival 2013 nous gâte, décidément.Longtemps qu’on n’avait pas été à pareille fête! Se souvient-on avec quel soulagement on avait accueilli l’an dernier, en toute fin de compétition, la venue de Mud?Bien qu’il n’ait eu aucun prix, le film de Jeff Nichols est aujourd’hui généralement considéré comme le meilleur film de Cannes 2012. Jimmy P., le «film américain» d’Arnaud Desplechin, n’est pas tout à fait de ce calibre, mais il s’en approche.
Adaptant un livre qui l’obsède depuis des années (Psychothérapie d’un Indien des plaines de Georges Devereux), le réalisateur français chouchou du festival (5 films en sélection officielle depuis 1992) raconte la rencontre improbable de Jimmy Picard, un Indien Blackfoot, blessé pendant la seconde guerre mondiale (Benicio Del Toro) et de Georges Devereux, un ethnologue et psychanalyste français émigré aux USA (Mathieu Amalric).Appelé au chevet de Jimmy, qui souffre de vertiges et de troubles psychologiques, le Dr Devereux va entamer avec lui une psychothérapie originale, au terme de laquelle les deux hommes se sentiront presqu’également libérés de leurs névroses…
Délaissant presque totalement ses afféteries habituelles de mise en scène, Arnaud Desplechin, spécialiste des psychodrames familiaux (Esther Kahn, Un conte de Noël), s’est visiblement fondu dans le moule hollywoodien pour ce premier film américain, qui a toutes les caractéristiques du grand film de studio adapté d’une œuvre littéraire.
À commencer par son casting international : Benicio Del Toro est parfait en grande carcasse d’Indien bourré de complexes et prêt à exploser. Gina McKee fait, comme à son habitude, quelques apparitions délicieuses et fournit la note féminine du film. Mathieu Amalric en fait, lui aussi comme à son habitude, presque trop mais pas tout à fait, dans le rôle du psy français spécialiste des cultures indiennes en rupture avec la faculté.
Intelligemment filmé, dans une reconstitution d’époque extrêmement soignée, le face à face entre les deux hommes est passionnant de bout en bout, même si le film souffre de quelques longueurs et se révèle, au final, un peu trop sage pour marquer durablement les esprits.