Après le carton plein d’Asghar Farhadi (Le Passé pourrait à peu près revendiquer tous les prix), on ne pensait pas s’emballer aussi vite pour un autre film en compétition.C’était sans compter avec le Japonais Hirokazu Kore-Eda, dont on a aimé à peu près tous les films depuis Nobody Knows (prix d’interprétation 2004).Y compris ceux qui n’ont pas eu les honneurs de la compétition, comme I Wish.Tel Père, tel fils s’inscrit dans la lignée aimable et apaisée de ce dernier, avec un scénario toutefois plus consistant.
Ryoata (Masaharu Fukuyama, sosie crédible de David Bowie), un architecte obsédé par la réussite professionnelle, forme avec sa jeune épouse (Machiko Ono) et leur fils de 6 ans (Keita Ninomiya) une famille qui se veut idéale. Élevé pour faire partie comme son père de l’élite de la nation, Keita est un petit garçon volontaire mais il n’a pas l’esprit de compétition, ce qui chagrine un peu papa.Ryoata se console en se disant que son rejeton a du hériter du caractère doux et soumis de sa mère. Tous ses repères et ses certitudes vont voler en éclats lorsque la maternité de l’hôpital où est né leur enfant leur apprend que deux nourrissons ont été échangés à la naissance : le garçon qu’il a élevé n’est pas le sien et leur fils biologique a grandi dans un milieu modeste où l’amour et le bien-être passent avant la réussite sociale.Outre un dédommagement financier, l’hôpital propose aux deux familles de se rencontrer et d’envisager ensemble la possibilité d’échanger à nouveau leurs enfants pour rétablir les liens du sang…
De ce scénario à la Chatiliez (on ne peut évidemment pas s’empêcher de penser à La vie est un long fleuve tranquille), Kore-Eda, cinéaste de l’enfance et de la famille, tire un très beau film, d’une grande sensibilité et d’une extrême délicatesse sur les relations père-fils les liens familiaux et l’éducation. Preuve que les bons sentiments n’empêchent pas forcément de faire du bon cinéma.Voire de l’excellent.