Révélée en 2001 par son rôle de sourde dans le film de Jacques Audiard, Sur mes lèvres, Emmanuelle Devos mène une carrière exemplaire, entre films populaires et films d’auteurs. Dans le dernier film de Jérôme Bonnel, Le Temps de l’aventure, elle incarne une comédienne de théâtre qui tombe instantanément sous le charme d’un bel étranger ténébreux (Gabriel Byrne), dans le train qui la ramène vers son compagnon. Un rôle que l’ex-membre du jury du Festival raconte avoir travaillé à Cannes, l’an dernier, entre deux projections des films en compétition, dans sa suite du Majestic…

Comment ce rôle est-il arrivé jusqu’à vous?
Jérôme Bonnel, avec qui j’avais travaillé en 2007 pour J’attends quelqu’un, m’avait dit qu’il voulait écrire quelque chose pour moi. Il ne m’a rien raconté avant que je lise le scénario et m’a juste demandé quelle pièce j’aimerais jouer si je faisais une comédienne de théâtre. J’ai répondu du Tchekhov ou du Strindberg. Un an après, j’ai reçu le scénario et j’ai vu qu’elle jouait La Dame de la mer d’Ibsen!(rires)

Vous étiez déçue?

Non, j’ai adoré le scénario.En plus, on ne la voit pas jouer. On a tourné quelques scènes de la pièce et des coulisses, mais il n’a gardé que le plan du début

Y a-t-il une pression particulière à accepter un rôle écrit spécialement pour vous?
Si le scénario ne m’avait pas plu, j’aurais dit non. J’avais adoré travailler avec Jérôme, ça m’aurait étonné que ce ne soit pas bien. J’ai tout de suite aimé le scénario. Le rôle est magnifique.J’aimais l’idée que ça se passe en une journée, le rapport au temps, les silences…

C’était impressionnant d’avoir Gabriel Byrne comme partenaire?
Jérôme a tout de suite pensé à lui.Il trimbale une espèce d’aura de romantisme noir anglais que j’adore. Mais la vraie pression, c’était que je devais m’adresser à lui en anglais et je le parle comme une patate! Heureusement, je suis un bon perroquet et j’avais une bonne coach. Je m’en faisais quand même une montagne et j’avais un peu la pétoche de me retrouver face à lui. Finalement, c’était très bien pour le rôle : il fallait qu’il y ait une distance entre les deux au début. Pour finir, on s’est très bien entendus.Je l’appelais Rhett Butler.

Était-il déterminant pour l’histoire qu’Alix soit actrice?
Pas forcément, mais ça ajoute du piment à l’histoire. Il y a le suspens lié à la séance du soir, où elle doit jouer.Il faut être mort pour rater une séance quand on est comédien de théâtre.On n’a pas le droit de rater un train et elle, elle en laisse passer plusieurs… Le fait qu’elle soit encore à la croisée des chemins, à 43 ans, qu’elle hésite encore à se ranger, est aussi assez raccord avec sa condition d’artiste… Sans doute qu’elle ne serait pas dans les mêmes dispositions d’esprit, si elle était notaire et avait une vie bien rangée…

La scène du casting vous a rappelé des souvenirs?

C’est vrai que ça peut se passer comme ça. Je me souviens d’un, où je devais faire semblant de conduire une voiture, avec une copine à côté et six chiens derrière.Tout ça dans une pièce quelconque avec un gars pas forcément très concerné derrière la caméra.L’horreur! Je m’en suis servi pour cette scène que je redoutais particulièrement.C’est la première qu’on a tournée et j’avais un mal fou à mémoriser le texte.Je l’ai travaillée à Cannes dans ma suite du Majestic, entre deux projections des films en compétition.C’était assez surréaliste!

Quel souvenir gardez-vous de votre participation au jury Cannois?
Merveilleux! Voir des films toute la journée, c’est le rêve.Mais entre ça, mon training pour le film et mes cours d’anglais, je n’ai pas pu profiter beaucoup des charmes du Festival, hélas.