Toni Musulin (François Cluzet) est convoyeur de fonds depuis dix ans. Le 5 novembre 2009, à 10 heures du matin, il appuie doucement sur l’accélérateur de son fourgon blindé. À l’arrière de son véhicule, 11.6 millions d’euros… Quelques jours plus tard, Musulin se rend à la police à Monaco et le butin est retrouvé... avec 2.5 millions manquants. Le convoyeur, qui a toujours nié savoir ou se trouvait l'argent, a été condamné à 5 ans de prison en 2010. Le film est librement inspiré du livre d'Alice Géraud-Arfi, "Toni 11.6 - Histoire du convoyeur" paru en 2011...

Deuxième long métrage du producteur-réalisateur Philippe Godeau, après Le dernier pour la Route (dans lequel François Cluzet jouait un alcoolique en cure de désintoxication), 11.6 risque de frustrer pas mal de monde. A commencer par les fans de Musulin, qui avaient voulu voir en lui un héros de la lutte contre la grande finance et les amateurs de faits divers, qui se demandent encore pourquoi il s'est rendu et où sont passés les 2,5 millions d'euros manquants. Le film ne livre aucune clé et ne propose aucune piste. Il fait le portrait d'un homme qui ne supporte plus sa condition de convoyeur sous payé, exploité et mal traité par ses supérieurs qui, à la suite d'une dernière brimade de chefaillon, décide de se venger de son employeur en détournant un fourgon et réussit , ce faisant, le hold-up du siècle. Un François Cluzet, mutique , épaissi et mal rasé, donne magistralement corps à ce personnage verrouillé sur lui même, prêt à exploser. La caméra le suit au plus près et filme son environnement dans des couleurs bleutées qui en accentuent la froideur et l'inhumanité, au rythme d'une BO electro inspirée de Drive et des chansons sépulcrales de The National. Le pari de la noirceur, du minimalisme et de la frustration maximale est tenu jusqu'au bout: pas de cascades, peu d'action et de suspens, pas de psychologie, pas d'explications, une possible histoire d'amour (fictive) à peine ébauchée... Le mystère Musulin reste entier, mais le film impressionne.