Comme son ami Cali, Christophe Miossec a fait en 2011 un album au son rugueux, assez rock, qui tranche avec le reste de sa production récente. Bien accueilli par la presse et le public, « Chansons ordinaires » (PIAS) sert de base à la tournée qui passe cette semaine par Nice et Marseille. Christophe nous en parle depuis chez lui, près de Brest, où il est retourné vivre après un assez long séjour sur la Côte d’Azur…

Pourquoi avoir quitté la Côte pour la Bretagne ? Tu en avais marre du soleil ?
Oui c’est ça ! (rires) En fait, j’avais l’impression de vivre dans un autre pays. Comme à l’étranger…

Tu avais choisi Eze pour habiter à côté de U2 ?
Ah non, c’était pour des raisons sentimentales… Mais je les ai croisés assez souvent dans le village. Bon et The Edge se promènent sans garde du corps ni rien , ce qui est plutôt rare et assez épatant à ce niveau de célébrité.

En fait la vraie question, c’est pourquoi tu avais quitté Brest ?

Je suis parti dès que j’ai commencé à faire de la musique, en fait. Quand on est un peu connu et qu’on reste dans son coin de naissance, on devient vite le coq du village. Etre le chanteur local c’est pas un sort très enviable. Mêle si on sait que c’est comme ça qu’on va finir, on retarde le moment (rires). Là, je n’habite pas vraiment à Brest, mais pas loin à coté, au bord de la mer. C’était important pour moi de revenir habiter là à ce moment de ma vie.

Et tu as su rester resté simple, comme Bono ?
Ah, ben (hésitant), j’ai l’impression que oui… En même temps, on doit pas
souvent te répondre : « Non, je suis devenu un sale con ! » (rires)

Pourquoi avoir intitulé ton album « Chansons ordinaires » ?

En fait c’était pour pouvoir parler de Georges Perros qui a écrit « Une vie ordinaire » .C’était un ami de Gérard Philipe et de
Jeanne Moreau, il habitait Douarnenez. J’adore ses poèmes et j’ai été très influencé par son style d’écriture fabuleux, tout en
retenue. Je voulais lui rendre hommage de cette façon.

Sauf que ça sonne plus rock que chanson, non ?
Je savais qu’on allait me dire que j’avais fait un album de rock, alors
qu’au contraire, pour moi, c’est un album de chansons. Si j’ai fait ce métier, ce n’est pas pour la musique, ni pour chanter, c’est pour les texte. Dans une chanson, ce sont les paroles qui priment.

Tu aurais pu te contenter d’un statut d’auteur ?
Parolier c’est confortable, on n’a pas besoin de beaucoup s’investir socialement. Mais le coté physique des concerts m’aurait manqué.

Et écrire plus long ne t’as jamais tenté ?

Peut-être que si, mais j’ai de plus en plus de difficultés avec la forme romanesque.Quand j’essaie de m’y mettre, je vois l’écrivain entrain d’écrire, ça casse l’effet. Un texte de chanson c’est court, ça peut sortir très vite, on n’a pas le temps de se regarder écrire. Il n’y a pas de dialogues, pas de plan de construction. Ca ne nécessite pas la même discipline de travail qu’un roman

Tu manques de discipline ?

Pourtant non, au contraire. Je suis très discipliné, toujours à l’heure, je prends pas mal de choses très au sérieux, un peu trop peut-être (rires)

Ta « Chanson Protestataire » est pourtant plutôt ironique…

Oui, ça se moque un peu du genre. C’est facile de se donner le beau rôle de chanteur-justicier. On gagne très bien sa vie à dénoncer les choses…

Ca peut aussi être sincère. Ton ami Cali ne craint pas de s’engager, lui…

Il a quand même sacrément morflé avec ça. En ce qui me concerne, je préfère faire de la politique localement, dans ma commune. On est dans le concret, ça a un vrai sens. Pour le reste, je crois que les gens commencent à comprendre tout seul. On n’a pas besoin de leur expliquer. La crise financière a au moins eu cette vertu pédagogique : maintenant, on connait les rouages. Et on a bien vu les limites du politique, justement…

Comment juges-tu ta carrière, sur la distance ?
Je suis fier d’avoir pu travailler avec des gens comme Juliette Greco et Alain Bashung. Encore qu’avec ce dernier on a plus trainé ensemble que travaillé, hélas ! (rires) Au chapitre des regrets, je mettrais certains concerts que j’ai consciemment bazardés. Mais ça n’arrive plus, j’ai passé le stade où j’essayais de tout foutre en l’air. J’avais tellement peur d’être catalogué « variété française » que je déconstruisais tout. Aujourd’hui, je suis plus à l’aise avec le concept de chanson.

Quelle est la chanson d’un autre que tu aurais aimé écrire ?
« Les Mots bleus » de Christophe. Et « Orly » de Brel. Quelques-unes de Nougaro aussi…

Malgré le bon accueil du disque, tu n’es pas sur la liste des nominés aux Victoires de la musique. Comment ça se fait ? ,
C’est normal, je suis dans une boite de disque Belge qui pèse pas bien lourd dans le business. Je ne serai donc probablement jamais nommé. Je n’ai jamais voulu en changer pour une major, je paye donc le prix de mon indépendance. Mais ça me convient très bien. Je préfère que mes disques aient de bonnes critiques, plutôt que d’en vendre des wagons au supermarché du coin.


Le Midem vient de se terminer, il a encore été beaucoup question du téléchargement illégal. Quel est ton point de vue sur la question ?
La naïveté de l’industrie me sidère. C’est quand même assez affolant que ces gens très intelligents qui sont payés pour anticiper n’aient rien vu arriver. Les disques étaient tout simplement trop chers, aujourd’hui la musique est gratuite. Je ne me fais pas de soucis, les majors feront encore des profits avec le numérique. Mais pas les artistes. Il faudrait télécharger une de mes chansons 20 000 fois pour que je puisse m’acheter seulement un jeu de cordes. C’est pas gagné !



Miossec en concert à Nice (Théâtre Lino Ventura ) le 2 février et à Marseille (Espace Julien) le 3 février. Première partie: Joseph d’Anvers.
Réservations dans les points de vente habituels.