" La mission de tout un chacun est de mener à bien le mensonge qu'il incarne, de parvenir à n'être plus qu'une illusion épuisée"

Adapter en musique des textes de Cioran ou de quelqu'autre auteur me paraissait un exercice plutôt improbable voir incongru il y a encore peu de temps, tant la poésie me semble recéler sa propre musicalité et la musique suspecte lorsqu'elle cherche à signifier autre chose qu'elle-même. Néanmoins comme j'éprouvais l'envie de donner plus de "corps" à des mélodies en me servant davantage de la voix comme principe vecteur d’expression, je me suis tourné vers le langage, davantage évidemment pour ses potentialités en terme de timbre que pour ses propriétés narratives... Le principal écueil était que sur des mélodies relativement simples, modales et identifiables le signifiant finit presque toujours par s'imposer. Et c'est dans le souci de préserver une perception oblique et équivoque du champ sémantique que les aphorismes de Cioran me sont alors apparus comme une véritable panacée, au-delà de mes espérances... et de l'admiration qui m'attache à cet auteur. En effet , sa forme d'écriture fragmentaire , la concision de la formule , son ricanement dans le détachement simulé , son humour teinté d'ambiguïté paradoxale et l'ironie qui , comme le souligne Simona Modréanu "... peut-être regardée , même dans sa formule archétypale , comme un phénomène ambivalent , confondante dans la perspective d'un labyrinthe sans issue de miroirs opposés et de reproductibilités incontrôlables..." , me sont apparus singulièrement bien adaptés , servant à point mon propos. En outre dans cette recherche " d'une expression de la distance dans la contiguïté" la Danse me parait pouvoir non seulement rendre compte du décalage entre la vie du corps et celle de l'esprit mais encore se prêter en creux à des substitutions transitoires, les polyvalences référentielles se multipliant avec les ambiguïtés... Enfin, j'aimerais également m'attacher à traduire cette propension chez l'auteur à la transcendance qui entremêle parfois, souvent profondeur et bouffonnerie : "L'élan de Cioran vers le haut est un appel à l'oubli et à la destruction voluptueuse, sous la forme d'une invocation "négative" des haillons d'éternité par une loque humaine."(Simona Modreanu)

" Monades disloquées, nous voici venu à la fin des tristesses prudentes et des anomalies prévues : plus d'un signe annonce l'hégémonie du délire "