Chacun suppose que...

Le ver de terre: Que les hommes pénètrent la terre, la creusent et la piquent à la pelle. Ils ne font cela que pour pour me causer du dépit. Ils savent bien que je n'aime pas cela, mais ils le font exprès, juste pour me faire du chagrin.

La chenille: Ha ha, devenir papillon, moi? Superstition de vieille, pure illusion, fable infantile. Il est scientifiquement prouvé que nous, les chenilles, nous n'avons en nous que viscères, et pas d'ailes, aucune paire d'ailes colorées. On rampe, et c'est toute la vie!

La fourmi: Ce n'est pas moi qui décide d'aller en guerre, mais la fourmilière.

La mouche à la fenêtre: Je sais bien où se trouvent les limites de la réalité.

Le miroir: L'être humain est un effet de mon imagination.

Le pot de fleur: Selon vous je ne suis qu'un bout d'argile cuit, n'est-ce pas? Vraiment, c'est moi? Regardez bien, s'il vous plait, ce que je fais pousser.

Les planches de la barrière: Regardez ces crétins d'arbres, rien d'autre que des branches, et aucun ordre!

La haie: Calme-toi! Des planches!... La barrière, c'est moi.

Les mauvaises herbes:
Merveilleux, les arbres? Sottises! Venez donc me regarder, quand j'aurai cinq cent ans!

La borne:
Le soleil! Peuh! Ce paresseux! Toujours à se balader! Incapable de tenir en place.

La bouse de vache: Poum! Et voilà! Je viens d'épanouir toute ma personnalité!

Le coq: Il ne fait pas encore jour: c'est que je n'ai pas encore donné le signal.

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Traduit d'après Karel Ĉapek sur le blog de Cezar