antaŭa rimarko:mi ja scias, ke ĉi tie aperas ne taŭgaj literoj. Mi jam plurfoje "korktis" sed la efiko esti nula. Mi eble refaros la tuton... poste

remarque préalable: j'ai corrigé 2 fois les gropes accentués "aŭ" "eŭ" mais ça n'a pas fonctionné

========================================

Paralogismes à propos de communication internationale, d'anglais et d'espéranto

(à l'aide du livre de Normand Baillargeon)

Syllogisme:

- Le monde a besoin d'une langue largement répandue, l'anglais est très répandu, donc le monde aurait besoin de l'anglais.

- L'espéranto est peu répandu, ce serait la "preuve" qu'il ne convient pas comme langue internationale.

(variante: "Il a eu sa chance... ça n'a pas marché")

Ces deu x paralogismes négligent le fait que si l'anglais est très répandu, c'est parce qu'il est très largement enseigné dans les systèmes scolaires, alors que l'espéranto, presque partout absent des programmes scolaires, est majoritairement appris sur la base du volontariat.

On ne se pose pas la question de savoir ce qu'il en serait si l'espéranto était aussi largement enseigné dans les écoles que l'est la langue dite "de Shakespeare".

On ne se pose pas la question de savoir si l'espéranto est, structurellement, linguistiquement... moins, aussi, ou plus adapté que l'anglais pour la communication internationale...

On ne se dit jamais que, compte tenu de son non-enseignement à l'école, avec quelques millions de locuteurs (certains disent un, d'autres deu x millions voire plus...) il est plutôt doté d'une belle vitalité!

Généralisations hâtives:

- "tout le monde parle anglais" (sauf ces chauvins de Français, of course!)

également décliné en: "avec l'anglais on se débrouille partout"

"Les Chinois parlent anglais", "Les Indiens parlent anglais"

(chez Baillargeon, p63: "L'acupuncture, ça marche: mon frère a arrêté de fumer en consultant un acupuncteur"

En réalité, c'est bien une des langues officielles en Inde, mais dans de nombreŭ endroits, seule la langue vernaculaire est parlée par les populations, certaines statistiques estimant à quelques % seulement les locuteurs d'anglais en Inde. J'ai lu 3%, je crois... (à vérifier)

D'après certains auteurs (Piron), des études sur les messages publicitaires en anglais auraient montré que de nombreu x Européens surestiment leur niveau d'anglais.

Il arrive bien entendu qu'en pays étranger on puisse utiliser l'anglais pour divers besoins... mais cette assertion néglige tous les cas dans lesquels l'anglais n'est d'aucune utilité, et où il vaudrait bien mieu x connaître la langue du pays, ou... se faire aider par un autochtone espérantiste (si si!!!... il existe des cas de cette situation).

Le hareng fumé (p64):

Dites à quelqu'un: "L'ordre linguistique actuel est inéquitable, car pour les anglophones l'apprentissage des langues est quasiment facultatif, et de plus, l'anglais est assez difficile à apprendre. On ne peut pas savoir comment prononcer un mot écrit qu'on n'a jamais entendu. L'accent tonique est irrégulier. Les expressions idiomatiques sont nombreuses..."

Beaucoup de gens répondent: "De toutes façons, en France, l'enseignement des langues est très mauvais, pas assez d'oral, on commence trop tard".

Cela ne répond pas à l'argument de l'inéquité ou, (notamment) de la difficulté grapho-phonétique, de l'accentuation erratique, etc...

Ad hominem:

Parlez d'espéranto... On vous taxera souvent de naïfs, d'irréalistes voire de sectaires. (authentique: Bernard Cassen, à moi-même, après une réunion à propos du traité constitutionel pour l'Europe: "Vous, les espérantistes, vous êtes casse-pieds.") Il se forçait à être poli, je suppose, mais il me semble clair qu'il avait définitivement rangé tous les espérantistes dans la même catégorie de farfelus emmerdeurs.

Appel à l'autorité (p68): peu d'éléments pour le moment

De nombreu x hommes politiques français (notamment Lionel Jospin, Claude Allègre, etc... etc...) ont poussé, sans expertise aucune, sur la base de convictions personnelles d'impressions, à répandre encore plus l'usage de l'anglais.

Pétition de principe (p71):

Dialogue presque pas imaginaire (reconstitué d'après de nombreŭ souvenirs):

interlocuteur 1 - "La" langue internationale, c'est l'anglais!"

interlocuteur 2 - Je ne suis pas d'accord. Il est certes assez largement répandu pour la communication internationale, mais cela n'est pas justifié par la nature de cette langue, ni équitable, alors pourquoi devrait-on se soumettre à cet état de fait?

interlocuteur 1 - On le doit, bien sûr, car puisque l'anglais a "gagné", c'est qu'il est le mieu x adapté à cet usage.

Ad populum (p73)

"Tout le monde parle anglais, c'est la langue internationale. Et c'est trop tard pour faire autrement"

Si vous ne parlez pas anglais, vous êtes nul. Ou arrogant, chauvin. (ah! "l'arrogance" française, on nous la sert à toutes les sauces). A noter que ce "ad populum" repose en fait sur une prémisse complètement fausse: seules les classes moyenns ou "supérieure" -à la louche, probablement bien moins d'un humain sur 20, surtout si on pense aŭ Chinois) en ont un usage plus ou moins fonctionnel. Peu importe, le mensonge se colporte comme une évidence incontestable.

Appel à l'ignorance (p 76) pas d'éléments pour le moment

La pente glissante (p 78) pas d'éléments pour le moment

L'écran de fumée (P 79) pas d'éléments pour le moment

L'homme de paille (p79) pas d'éléments pour le moment

L'appel à la peur (p82)

"Vous voulez empêcher les enfants d'apprendre l'anglais, qui pourtant, peut leur être très utile."

"Vous mettrez les traducteurs et les profs de langues au chômage"

"Si l'espéranto était largement enseigné et parlé, les autres langues disparaîtraient."

Les espérantistes ne veulent pas empêcher les gens d'apprendre ni de parler anglais. Ils désirent que chaque citoyen du monde ait le choix, sur la base d'une information exacte, de pouvoir l'apprendre. Ils pensent qu'il serait préférable que l'espéranto, facile à apprendre et parler soit la langue de communication pour tous, et qu'ensuite, l'éventail des langues enseignées soit plus varié, et non limité aŭ seules langues les plus "fortes".

Les traducteurs et profs de langues conserveraient leur travail, avec l'espéranto en plus dans leurs compétences.

Le temps actuellement employé à apprendre l'anglais serait mis à profit pour apprendre d'autres langues, et il y aurait sans doute moins de gens injustement persuadés (après avoir échoué à s'exprimer en anglais) qu'ils sont "nuls en langues".

La fausse analogie (p82)

"En son temps, le latin a été une lingva franca, l'anglais est le latin de notre époque." (sous-entendu: sa place est justifiée)

ou bien:

"Voici deu x ou trois siècles, le français était parlé dans toutes les cours d'Europe, la roue tourne, maintenant c'est l'anglais, il faut s'adapter."

Ces analogies négligent le fait que le monde est bien différent de ce qu'il était à ces époques, que de nos jours, les langues jouent un rôle économique, idéologique et politique, et que de plus, il ne s'agit plus seulement de communiquer entre clercs ou entre aristocrates, mais aussi et surtout entre citoyens et peuples, sur une base démocratique (c'est du moins ce qu'on nous autorise à croire!).

Elles négligent aussi et surtout le fait que depuis un siècle, une langue a été créée pour cet usage (ce qui n'était pas le cas au Moyen-Age) , et reconnue comme apte par de nombreu x intellectuels, et des organismes respectables (UNESCO, ministère hongrois de l'éducation, plus récemment, été 2009 le gouvernement brésilien etc)...

Enfin, la rapidité et la large diffusion des moyens de communication amplifient dangereusement des phénomènes tels que la glottophagie (disparition des langues considérées comme peu utiles ou peu prestigieuses).

Suppression de données pertinentes (p84)

On dit que la possession de l'anglais serait incontournable, voire indispensable. Qu'il est susceptible de servir à la carrière professionnelle (ce qui est exact).

Mais on ne se demande jamais si le temps employé pour l'apprendre (des milliers d'heures) est vraiment proportionné avec l'utilité qu'on en aura.

Il est possible que parmi tous les enfants actuellement scolarisés, un certain nombre trouvera utile de savoir parler anglais dans sa vie. Combien d'entre eu x? La moitié? Un quart? Un dixième... ou encore moins? Or, on l'enseigne à tous... Quel gaspillage!

Il est vrai que la plupart des disques de rock et de pop sont chantés en anglais... Mais cela justifie-t-il que...??

Données absentes: Pour des raisons X ou Y certains de ces enfants, devenus adultes, ne voyageront pas, resteront dans leur pays (que va-t-il se passer avec la crise de l'énergie?...). Ils auront peu besoin de parler d'autres langues, donc, pas besoin d'anglais.

Si on désire que les citoyens ne soient pas monolingues, car, bien sûr, c'est un enrichissement de parler d'autres langues, les petits Français pourraient tout aussi bien apprendre l'italien ou l'espagnol... ou, bien sûr, l'espéranto! Et ensuite, s'ils en ont envie ou l'utilité... d'autres langues comme l'arabe, le chinois etc...

On ne tient jamais compte du fait que le temps employé par les élèves des pays non-anglophones est utilisé, dans les pays anglophones (GB, USA, qui enseignent très peu les langues), à faire du sport, à étudier les sciences, les arts... ou d'autres matières.

________________________________________

Je ne sais pas où classer les "arguments" fallacieu x tels que l'affirmation qu'on enseigne les langues principalement pour initier à des cultures ( j'aimerais bien que ce soit vrai, mais on constate bien qu'en fait c'est surtout pour des besoins économiques et par idéologie, et que le "poids" de la "culture" occidentale de type Etats-Unien phagocyte en grande partie les autres)

Ni celui qui prétend que l'espéranto serait dénué de culture... Il est facile de réfuter ces affirmations malhonnêtes.

______________________

Pour terminer, quelques andecdotes:

1) Eté 2006, camping de l'auberge de Jeunesse de Florence (Italie). Nous participons au congrès d'espéranto, et de nombreŭ congressistes d'un peu partout résident aussi à l'auberge.

La veille de notre départ, nous trouvons un petit mot en anglais sur notre véhicule (immatriculé en France!!!).

Cette affichette nous demande de passer à la réception, pour confirmer que nous partons bien le lendemain.

Je me rends à la réception, et en italien, je dis pour m'amuser: "Que signifie ce texte? Je ne comprends pas car je suis française..."

La réceptionniste me répond (toujours en italien "of course"): "Oh, vous, les Français, vous êtes nuls en langues!". Je lui fais alors remarquer deu x choses: que pendant tout le séjour, je lui ai parlé en italien... (ce que je suis d'ailleurs en train de faire à ce moment-là!) et je lui demande si elle dirait la même chose à un Britannique qui ne parle que l'anglais...

Parler italien, pour un(e) français(e), ce serait donc "être nul en langues"???!!!!
----------------------------

2) Dans les années 90, à la Toussaint, j'ai accompagné mes filles adolescentes à Madrid, afin que nous pratiquions un peu le castillan, qu'elles étudiaient à l'école (et que j'avais appris en autodidacte.)

A la Puerta del Sol, dans un café, une dame très "bon chic bon genre" nous entend parler entre nous en français de notre envie déçue de manger des "churros". Elle s'adresse aussitôt à nous en anglais, pour nous dire qu'en effet c'est dommage de ne pas trouver de "churros" à midi dans un café madrilène. Elle est fort vexée que je lui demande dans mon espagnol imparfait: "Mais madame, vous nous avez entendu parler français, pourquoi nous parlez-vous en anglais? mes filles et moi désirons perfectionner notre espagnol... ". Je coupais court à son envie de démontrer qu'elle était un membre de cette "élite" qui s'est approprié un des signes suprêmes de dominance: la langue des maîtres de l'univers.
--------------------------------

3) Cette année (2008), à Toulouse (non loin, donc, de la frontière espagnole), je suis chez un ami qui essaie d'obtenir de sa fille adolescente qu'elle travaille ses leçons d'espagnol. "Si on va en Espagne, comment feras-tu?" lui demande-t-il.

Et sa fille: "Oh, ben je parlerai anglais, bien sûr!!!"

Voilà le résultat concret de la prétendue volonté de "plurilinguisme" qui est claironnée sur tous les tons depuis trente ans! Et à mon avis, ceci est loin d'être un cas isolé...

___________________________

Je vous invite donc tous, chers lecteurs, à pratiquer cet esprit critique, et à rester en éveil quand on parle de pratiques linguistiques devant vous, quand on vous asséne toutes ces prétendues "évidences", dont l'effet est avant tout de fabriquer une vérité absolue à partir de stéréotypes manipulatoires.