La municipalité de Saint-André-dela Roche, s'énorguellit d'avoir parmi ses administrés la peintre Olga Parra.
Honoré Colomas, Maire de la commune, Vice-président du Conseil Général, et Danielle Risso adjointe aux affaires culturelles rendent hommage, par cette exposition, au travail singulier et particulièrement émouvant d'une grande artiste. Intitulés "Mémoires" et chacun d'eux numérotés, ces douze tableaux sont autant de stations qui jalonnent la démarche du peintre : revenir sur soi, retrouver et revivre, fut-ce cruellement, à travers le prisme du temps écoulé, la blessure et la souffrance anciennes dont les effets demeurent et qu'il s'agit d’exorciser. Olga Para, dernier enfant d'une fratrie de six, a vécu son enfance dans la dépendance d'autrui, vêtue d'habits portés par ses sœurs, interdite d'études, et rêvant d'une poupée qu'elle n'obtiendra jamais.
Mais qu'elle fabriquera, aidée de son frère ainé, avec des chiffons et du bois. Cette poupée, symbole dominant des interdits, de l'humiliation et des désirs frustrés occupe, en groupe, en duo, en solitaire, ou par son absence même, chacune de ses toiles. Sans mignardise, sans préciosité, dans la vérité d'un dépouillement, un dénuement, qui en multiplie la présence et la portée. Ni poupées de cire, ni poupées de son, mais la lignée de ces figurines humaines, de céramique, d'ivoire, d'os, de terre cuite, - parfois articulées à la façon des poupées modernes -que les archéologues ont découvert dans les tombeaux égyptiens, grecs, étrusques, les poupées d'Olga, emmaillotées de blanches lanières, le corps, les membres, la tête, ont gardé tout le charme de ces créatures antiques et la magie que leur fonction exige, qui est celle d'un jouet d'enfant. Fonction multiple, de confidente, de complice, de compagnon de jeu, de double. Ni de cire , ni de son, mais de chiffons recouvrant des bouts de bambous, à la fois momies immobiles enfermées dans leurs bandelettes, parfois amputées d'un membre, et lutins véloces dont on imagine la peau élastique, la souplesse au toucher, les poupées d'Olga émergent à la surface de la toile où les a ramenées la plongée salvatrice, nasse, dans les eaux noires et jusqu'alors interdites du souvenir. Cette traversée de la mémoire, de son épaisseur, ses moments successifs, Olga Parra les matérialise magistralement, créant à partir de matériaux pauvres des fonds sophistiqués et indissociables : tissus divers, tulle jute, ficelles, tarlatane, pansements, tissus qu'elle brule, cautérisant ainsi la blessure, qu'elle colle, qu'elle "travaille".
Par griffures, par incisions. Le fer, le bois brulé, le papier déchiré, des mots, un graffiti de l'enfance, des bougies, participent à la révélation, et les couches de caséine, les couches noires, qu'on creuse avec un fer à friser....
Douze tableaux, douze stations, douze pans de "Mémoires" pour ce bel exorcisme où le tremplin de la souffrance devient support de beauté. Où la blanche poupée d'Olga, par elle arrachée aux limbes, redécouvre sa liberté.
Tels sont les pouvoirs, les privilèges, des grands artiste Olga Parra est de la partie.

Paule STOPPA