Ça tiraillait des deux côtés. les forces akkadiennes avaient reçu du renfort et prenaient peu à peu le pas sur les babyloniens. Au milieu de ce champ de tir - que l’on aurait dit construit pour l’exercice, si les deux forces en présence ne se faisaient face - pris dans le feu croisé des adversaires, le corps désarticulé de Nasreddin, toujours debout, brandissait bien haut un sac de toile grossière, comme s’il voulait le protéger de la marée de plomb et d’acier qui l’emportait. Quand les tirs cessèrent, on vit d’un coup son corps s’affaisser et se coucher lentement dans le sable. Comme mû par un sursaut extrème de volonté, le corps sans vie de Nasreddin avait planté genou en terre, présentant toujours au ciel son sac de jute, comme le présent d’un simple mortel - et mort, d’aillurs - à quelque divinité colérique.
Quand on l’emporta, quelques heures après la bataille, il serrait toujours dans sa main déjà sèche, son petit sac de toile. Il avait seize balles dans le corps, dont six dans les jambes, deux dans le coeur, et trois dans la tête. Seize, sans compter celle qui lui avait éclaté le coude droit - et qui était ressortie, faute de viande pour amortir sa fuite. Mais pas une seule balle plus haut que le coude, pas une seule balle dans le sac. Pas une seule balle qui, dans sa course aveugle, eut brisé les précieuses tablettes. On le sait par le docteur Ortov, celui-là même qui dégagea les tablettes de la main de Nasreddin, comme on recueille le dernier soupir d’un condamné qui rend l’âme, la dernière confession, celle qui sauve une vie de la médiocrité ou finit dans un dictionnaire local des citations. Il est donc certain, aux dires du professeur Ortov, que les tablettes accompagnaient le petit cadavre recroquevillé dans sa civière, vers la tente sanitaire du camp archéologique.
C’est probablement là, dans cette petite tente blanche marquée d’une grande croix rouge, qu’elles furent volées.
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Roland Platteau says:
inventée de vous-même?
ça "catapulte" les époques les thèmes et les évocations, très réussi!
Je suppose que vous connaissez personnage (comique, mais qui donne à penser, genre Till Eulenspiegel) de Nasreddin efendi
Pascal Blondiau pro says:
Quant à Nasreddin Efendi, eh bien oui - je l'ai découvert dans une série de contes publiés en esperanto. Comme quoi...
Pascal Blondiau edited this comment 9 months ago.
Charp says:
Pascal Blondiau pro replies:
Démocratie ! says:
je veux la suite : quand on promet comme ça, il faut s'exécuter...
Pascal Blondiau pro replies:
Sinon, oui - je connais la fin de l'histoire
Losilue replies:
et après on remanie, on rechange, la vie quoi....
;-)
Pascal Blondiau pro replies:
Losilue replies: