Tout le monde chante avec Lautréamont !
"Je suis sale. Les poux me rongent.
Les pourceaux, quand ils me regardent, vomissent.
Les croûtes et les escarres de la lèpre ont écaillé ma peau, couverte de pus jaunâtre..."
Pour la merde qui rampe dans tes intestins. L'urine ammoniaquée qui croupie dans ta vessie. Pour la bile de ton foie, et les bactéries qui pullulent dans la salive de ta bouche sacrée. Pour la sueur qui sèche sur ta peau, engluant tes poils, pour le sebum gras sur ton crâne et qui coule sur tes cheveux. Aussi pour la gelée visqueuse dans tes yeux, et la moelle crasseuse de tes os. Les sucs gastriques puants qui attendent dans ton estomac, prêts à dissoudre la chair et les moisissures que tu ingères. Pour toute ta flore intestinale, et le raisin pourri que tu bois avec avidité. Pour ton cerveau visqueux et les humeurs qui le baignent. Pour les graisses qui couvrent tes muscles imbibés. L'eau salée de tes larmes, qui laisse des traces blanches en séchant, et les litres de sang qui courent dans tes veines. La kératine de tes ongles mutilés, et les glaires qui tapissent ta gorge, aussi pour le carbone noir que tu respires, et qui tâche tes poumons....
Tu peux couper tes cheveux, tes ongles, raser ta barbe et tes jambes, nettoyer ta peau. Tu peux même la brosser à la paille de fer pour enlever toutes les peaux mortes qui se collent à toi. Tu peux encore brosser les dents qui baignent dans ta salive habitée, ou bien étaler des graisses colorées sur tes lèvres, et autour de tes yeux. Cacher l'odeur lourde de tes humeurs sous des parfums synthétiques, et te cacher toi, tout entier, dans des tissus de soie. Je verrais toujours l'animal, l'être organique, visqueux.
Endoscopie éternelle sur ma rétine de plomb !