Lundi 22 octobre 2007
Au programme du jour, la mer d'Emeraude.
Sur le perron de l'hôtel j'observe les mouvements de la rue Colbert, chacun s'active devant son échoppe, d'autres partent au travail, un groupe en uniforme passe devant nous en chantant, ce sont les élèves d'une école de police me dit-on, ils y mettent du coeur et certains nous jettent en passant un souriant petit clin d'oeil.
Tiens ! le petit marchand de vanille est fidèle à son poste, c'est un petit monsieur très mince au sourire édenté, il était déjà là la veille, il nous propose ses bâtons odorant emballés sous vide qui embaument à distance malgré la protection plastique, nous lui en achetons quelques sachets, il promet qu'il reviendra le lendemain matin et nous fera un prix spécial d'ami, nous n'en doutons pas un seul instant... d'autres viendront également, mais nous respectons la parole donnée au petit homme de lui acheter encore quelques sachets avant de quitter l'hôtel définitivement.
Nous avons une demi-heure de retard sur le programme, certains malades ont de la peine à remettre la "machine" en marche après ce long et éreintant voyage, ils arrivent finalement plein de courage et de détermination, tout le groupe est au complet soit 21 personnes sans compter les guides et les chauffeurs. Chacun prend place dans un véhicule 4 x 4, j'aide Yo à s'installer, c'est une charmante jeune femme pleine de fantaisie au look punk, perçing et tatouages, enfin la totale...elle est atteinte de sclérose en plaques depuis quelques années et en attente d'un nouveau traitement qui devrait lui permettre de retrouver plus d'autonomie dans ces déplacements, elle marche avec difficulté s'aidant d'une canne mais est d'une vivacité d'esprit incroyable, je l'adore...
Théo un des guides s'installe avec nous et nous instruira tout au long de cette excursion,nous faisant découvrir la magnifique baie de Diego-Suarez déjà entrevue la veille et son Pain de Sucre, lieu sacré des malgaches qui pratiquent encore le culte et la vénération des ancêtres, il faut recourber l'index et éviter de pointer du doigt en direction de ce lieu pour ne pas fâcher les esprits, nous respecterons cette coutume ...
Nous nous arrêtons quelques instants pour prendre des photos, Théo veut nous faire voir un caméléon, j'ai beau écarquiller les yeux, je n'y vois goutte, enfin, j'aperçois une petite bête qui se confond dans les branchages, je m'attendais à quelque chose de plus grand, rien à voir avec celui que nous avions vu au Brésil et qui nous avait fait sursauter Patrick et moi quand il a surgit brusquement devant nous, le temps de happer un insecte et de disparaître aussi vite qu'il était apparu.
Nous quittons la route pour emprunter une piste cahoteuse et poussiéreuse qui longe le littoral, nous sommes secoués dans tous les sens, il faudra nous y habituer ce n'est que le début. D'un côté la savane et ses arbustes, de l'autre la mangrove de palétuviers, c'est magnifique, nous avons le temps de tout voir, vu la vitesse où nous évoluons, il nous faudra plus d'une heure pour faire les quelques 20 km pour atteindre le village de Ramena où la barque à moteur nous attend, mais nous n'en sommes pas encore là, nous nous en mettons plein les yeux, ici et là quelques arbres étranges racines en l'air, ce sont les fameux baobabs, nous n'en verront pas beaucoup, ce n'est pas vraiment la région, nous nous arrêterons au retour pour les photographier, pour le moment le temps presse car nous avons pris du retard au départ et nous devons embarquer avant que le vent se lève en mer, me dit le guide. Nous saluons au passage quelques ouvriers qui remettent la chaussée en état, ils creusent des rigoles pour l'évacuation des eaux en temps de saison des pluies. Ici , l'ébauche de ce qui devrait devenir un nouveau complexe hôtelier, la vue est magnifique mais l'accès difficile, il sera peut-être plus facile d'y accéder par la mer...Je demande à Théo s'il s'est déjà aventuré dans la mangrove, une fois m'a -t-il dit mais j'ai eu la peur de ma vie je me suis enfoncé presque jusqu'aux genoux, je n'ai jamais renouvelé l'exploit.
Nous parlons de la situation politique du pays et la façon dont les gens vivent les évènements, ils sont courageux mais les tensions montent aussi parfois devant certaines injustices sociales et la corruption y est très répandue à haut niveau. Nous sommes comme un volcan en sommeil me dit-il qui risque de se réveiller du jour au lendemain...
Le silence se fait un instant, je réalise que nous sommes des privilègiés et que malgré cela nous ne sommes jamais satisfaits de ce que la vie nous offre... j'ai un peu honte face à ces personnes qui sont d'une grande dignité, malgré la misère et leur vie difficile et qui gardent constamment le sourire...
A suivre
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