Des découvertes exceptionnelles
Ven, 30/10/2009 - 17:17 — Service information
«Du jamais vu! », s'est exclamée une xylologue française en visitant le 2ème cimetière découvert par l'équipe d'archéologues lors des travaux de rénovation de la Grand Place. L'état de conservation, le nombre et la typologie des cercueils sont d'une rareté inattendue. Ces recherches pourront servir de référence internationale et apporter des éclaircissements sur la formation de la ville de Nivelles, au départ de l'abbaye primitive.
Les travaux de rénovation de la Grand Place sont divisés en 3 phases durant lesquelles des vestiges sont apparus et apparaîtront encore.
Le cimetière de l'Eglise de Notre Dame
En mars dernier (phase 1), les pelleteuses se sont mises en route le long de l'Hôtel de Ville du côté de la rue de Namur. Il n'a pas fallu longtemps pour qu'apparaissent les fondations de l'église Notre Dame et son cimetière d'une densité importante et très éclectique: homme, femme, bébé, enfant, vieillard.
Ont également été trouvés: une canalisation en pierre longeant ces fondations à l'extérieur ; une seconde canalisation en brique le long des mêmes fondations, à l'intérieur de l'église ; un sol en brique appartenant à l'époque où l'église fut aménagée en habitation, avant d'être détruite durant la seconde Guerre Mondiale.
Les archéologues du Service public de Wallonie ont également retrouvé les voûtes des caves des maisons venues se greffer au fil du temps autour des alloirs qui donnaient accès à la crypte de la collégiale.
Au vu des résultats de cette première intervention archéologique, un accord a été conclu entre la Ville, l'entrepreneur et le service d'Archéologie pour une fouille plus approfondie du cimetière en juin et juillet derniers. Sous le niveau supérieur du cimetière, des inhumations en cercueil en bois ont été mises au jour. Le bois a pu être préservé grâce à la nature humide du sous-sol et à l'absence d'oxygène. Ces avantages ont permis d'identifier de multiples modèles de cercueils. La plupart d'entre eux sont trapézoïdaux avec leur couvercle parfois conservé; les planches sont chevillées ou clouées. Certains ont un fond formé de traverses espacées (cercueil à claire-voie); d'autres ont un fond formé de baguettes souples longitudinales s'entrelaçant de part et d'autre de traverses (cercueil clayonné). La présence d'un caveau en pierre a même été mise en évidence lors du creusement de la tranchée pour la pose des murs en L. (face à la rue de Namur)
Conservation exceptionnelle des cercueils
Les cercueils ont d'abord été étudiés sur le terrain puis d'autres renseignements seront fournis lors de l'étude en laboratoire. Alors que les ossements sont simplement conditionnés dans des sachets numérotés, les prélèvements du bois, conservés par l'humidité du sous-sol, demandent des soins spécifiques : les 'planches' ont dû être mises dans des contenants remplis d'eau ou emballées dans du géotextile imbibé d'eau et stockées dans un endroit frais et à l'abri de la lumière.
La conservation exceptionnelle et la grande variabilité des contenants en bois vont apporter des informations particulièrement précieuses pour la compréhension des pratiques funéraires mises en œuvre aux époques mérovingienne et médiévale. Ces informations pourront servir de référence en matière d'anthropologie de terrain dans le cadre d'autres études de sites funéraires. Une xylologue française (spécialiste de l'étude des bois), Anne DIETRICH, est venue renforcer l'équipe déjà composée d'un géologue, de deux anthropologues, de 3 archéologues (Marie-Laure VAN HOVE, Didier WILLEMS et Fredéric HELLER) et de bénévoles.
Toutes ces recherches révèleront certains aspects de la vie des Nivellois d'antant et du développement de la ville.
Voies pavées et canalisations
Les travaux suivant leur cours (phase 2), le terrassement de la voirie le long de la Collégiale a dévoilé l'existence de plusieurs niveaux de voies pavées, d'un collecteur principal en brique et de canalisations reliant probablement les maisons qui bordaient la collégiale jadis.
Certaines canalisations pourraient être mises en relation avec la fontaine du perron datant du XVIème siècle; elles servaient probablement à amener et/ou évacuer des eaux.
Un autre cimetière plus ancien
Depuis peu (phase 3), (les photos montrées sur IP)de nouvelles sépultures ont été mises au jour à l'ouest de la Collégiale: à nouveau des inhumations en cercueil et d'autres en pleine terre ont été observées. Elles pourraient, quant à elles, remonter au XIème siècle ou avant et être associées à l'église Saint-Pierre qui précéda la collégiale romane. Ce cimetière, que nul ne connaissait, semble se prolonger vers l'avant-corps de la collégiale et vers le nord (en direction du Waux-Hall). Tout ce qui a été découvert a été photographié, inventorié et situé sur un plan.
Il y a peu, une restauratrice s'est rendue sur les lieux car un infime morceau de linceul bleu a été retrouvé ainsi qu'une trace de peinture sur le bois.
Comme pour les inhumations dégagées près de l'Eglise Notre-Dame, aucun objet n'a été retrouvé dans les tombes. Les archéologues vont dès lors faire appel aux méthodes de datation par dendrochronologie (mesure des anneaux de croissance du bois) et C14. Les résultats ne seront pas connus avant 6 mois.
Après avoir pu déterminer les sexes, les âges, les maladies, les malformations, les liens de parenté et les conditions d'inhumation, les squelettes seront remis à la Ville et seront déposés dans un ossuaire.
Il faut se réjouir que les Autorités communales, les responsables du chantier ainsi que les archéologues arrivent à se mettre d'accord pour que les uns puissent continuer les travaux de rénovation sans retard et que les autres puissent mettre en lumière la richesse de notre patrimoine.
Rappelons néanmoins que ces recherches sur seulement 60 cm de profondeur sont le fruit d'un suivi archéologique et non de fouilles archéologiques proprement dites.
Petite consolation: les archéologues bénéficieront de plus de temps pour fouiller comme il se doit l'endroit où s'érigeait l'église Saint-Paul, à savoir en face du Palais de Justice.