1. Trajet
1.1. Bus n°13* d'abord, et descendre** 14 arrêts plus loin. [Je vois quelques voyageurs***, ils sont distraits. C'est samedi]
* le défilement des rues(1), des sons étoufés par le sifflement(2) du moteur, on caresse l'espace.
(1).La foule, déjà, qui remplit les rues. Une nuée compacte, dure selon une chorégarphie simple et fluide.
(2). J'ai beaucoup de peine à "nommer" la sonorité exacte de ce moteur électrique. Un frottement.
**le ralentissement, et la cadence de mes gestes(1). "Arrêt demandé" s'affiche en lettres éclairées.
(1). Je me suis levé, je crois avoir été le plus énergique, propulsé dans le couloir du bus par une quelconque envie d'aller plus loin, plus vite.
***des gens habillés(1) pour l'hiver(2).
(1) Manteaux, grosses vestes, ..., ...
(2) Ce froid, seulement ce froid, déjà.
1.2. Quelques pas (en faire moins de 100*). [Je ne connais pas la distance exacte** entre l'abribus et l'atelier. Je me souciais moins de mes pas que des nuages et du froid]
*mes chaussures ne claquent(1) pas sur le sol, un frottement seulement.
(1) C'est un autre bruit, discret, imperceptible.
**je dois passer par une rue, parfums de viandes roties(1), quelques sons qui s'échappent d'un magazin branché(2).
(1) Kebab.
(2) Magazins de mode.
1.3. Prendre les escaliers jusqu'au deuxième étage. [la lumière du couloir d'entrée est toujours éteinte et le carrelage glissant*]
*je n'ai connu içi que l'obscurité et des sons inquiétants, métaliques mais aussi "minéraux", secs et sans vie(1), un seul lieu de passage.
(1) Frapper deux pierres l'une contre l'autre et on en aura une idée.
2. Dans l'atelier (après avoir ouvert la porte*) [le cliquetis des clefs** dans les serrures, cette sonorité marque un passage]
*j'ai toujours trouvé ce seuil dérisoire face au monde(1).
(1). Les "seuils" sont avant tout symboliques.
**toujours fouiller dans ses poches parmi les autres trousseaux et se dire qu'elles sont perdues. Ce trajet en serait inutile(1).
(1) Cela m'est arrivé plus d'une fois.
2.1. Se poser une question (Que faire?*) [à partir de là, j'ai fait autre chose. Tout ce qui suit est faux autant que l'est un projet avorté]
*Che fare?(1) le désoeuvrement est mon pire ennemi, toujours produire, surproduire(2).
(1) citation de Mario Merz
(2) Cela ressemble à la dynamique de la vie, et pourtant cela ne l'est pas.
2.2. Je suis assis dans le canapé style Louis XV. [c'est ma fierté, un meuble qui transforme ce no man's land en lieu de convivialité* et d'échanges**]
*des paroles, des conversations(1).
(1) des dialogues au quotidien sur des questions qui ne le sont pas nécessairement.
**ce meuble est lui même un des termes d'un échange contre une peinture.
2.2.1. Un certain temps passe. [je passe toujours plus de temps immobile*, en attente]
*intensité du regard et évasion, fixé içi et vaquant ailleurs(1).
(1) c'est une expérience de débordement par le regard.
2.3. Idée de filmer la bordure du tableau avec mon téléphone portable* (entre 16:45 et 16:50) [l'idée de cette idée me plaît!]
*déja tourner quelques clips contemplatifs -absurde dans un tel format!- et saisir seulement un mouvement, des lumières qui passent(1).
(1) dans un constat, il y a une part de contemplation autant que de description.
3. La peinture sèche (seule action mesurable dans l'atelier*, içi et maintenant). [je laisse faire, c'est la seconde partie de mon travail]
*le plus souvent, j'attends et je regarde. La peinture se passe de moi(1). Elle est, donc se meut(2).
(1) je ne travaille qu'à cela.
(2) Inversion de l'idée selon laquelle ce qui se meut, vit.
4. Départ après un certain temps.
.../...
1. Répétition de la séquence de 1 à 1.3. en sens inverse (touches "loop" + "reverse")