On me demande souvent si je retouche mes photos, ce à quoi je réponds invariablement "toujours !".

Assez vite j'ai compris que, pour beaucoup —essentiellement d'ailleurs des personnes qui n'ont pas vraiment de "culture photographique" mais qui aujourd'hui ont accès à une profusion jusqu'alors inégalée de photographies en tous genres, et mieux, prennent eux-mêmes des photos numériques—, la retouche photographique tient du maquillage, avec une conotation douteuse sur l'image ainsi proposée.

Pour certains, le simple fait par exemple de recadrer une image serait un facteur dépréciateur de "l'œuvre", en quelque sorte, comme décrédibilisée...
Et ce sans même avoir jamais eu connaissance d'une philosophie du "plein cadre" dans certains courants, on pense à Cartier-Bresson par exemple, des choix qui se respectent parfaitement, là n'est pas mon propos.
Ou encore ajouter un filtrage, retravailler des couleurs, la lumière ou les contrastes font tordre des bouches, alors que ces mêmes personnes s'esbaudissent presque sur les désaturés partiels de rues de New-York dont seuls les yellow cabs, les taxis, ont conservés leur couleur pétante...

À chaque fois que je confirme que mes photos sont passées par un certain nombre de traitements spécifiques, que j'ai personnellement décidés et qui ne sont pas le fruit du hasard ou d'un automatisme hors de mon contrôle, notamment sur le plan esthétique, je me remémore alors aussi le slogan qui figurait sur la boîte de mon agrandisseur Durst. Quelque chose comme :
Taking pictures is half the fun, making pictures is twice the fun

Et j'explique volontier que laisser le boîtier, donc le constructeur, décider de toute la chaîne de traitement de la photo entre ce que j'ai conçu et pris à travers le viseur et le jpeg qui en ressort peut ne pas me convenir au final et que je préfère assurer moi-même cette partie.
D'autant que j'en tire au moins autant de plaisir que lors de la prise de vue (le double comme le prétend le slogan Durst ? je ne sais pas...).

Il faut a minima comprendre comment fonctionne un APN, et entre ignorance, sinon desintérêt, c'est sans doute quelque chose qui échappe à beaucoup. La rançon de la démocratisation de l'usage d'appareils photos en tous genres !

Auparavant, il y avait les films qu'on mettait dans des boîtiers puis qu'on déposait chez le photographe ou qu'on expédiait au labo pour qu'il les développe et tire les photos. Dans le principe, assez peu de différence car une très grande majorité d'amateurs ne se souciait pas une seconde de ce qui se passait avec leurs films ou pour le tirage de leurs photos. À peine imaginaient-ils qu'il puisse y avoir des écarts de résultats, sauf quand ils se trouvaient devant des échecs de labo, notamment lorsque les bains étaient à bout... C'était d'ailleurs trop tard, leur péloche était foutue, les photos aussi. Coup du sort...

Mais du moins, on savait que la photo provenait d'un film (qualité, sensibilité, ...) que celui-ci, s'il était insolé donnait des résultats "bizarres", et qu'en refaisant faire des tirages on constatait parfois de sacrées différences. Comment ça se passe dans leur téléphone ou leur APN : mystère et boule de gomme !!

Il y avait bien l'alternative des diapos ou encore du Polaroid, et là on se rapproche un peu, dans une certaine mesure, du jpeg produit par le boîtier : on sort une photo telle que que le Polaroid ou l'APN "entend" la sortir, avec ensuite une très faible latitude pour intervenir sur celle-ci, encore qu'un jpeg reste sur ce point plus "souple" que la photo Polaroid (ou la diapo).

Mais dans un cas comme dans l'autre, c'est sans commune mesure avec ce qu'on peut tirer d'un négatif (à commencer par son développement !) ou des fichiers RAW de l'APN, mais encore faut-il que l'appareil permette de les récupérer (beaucoup d'appareils amateurs ne sortent que des jpegs, alors que tous, rigoureusement tous produisent un fichier RAW !).

Et puis je ne pense pas me tromper en affirmant que pratiquement aucune des photos qu'on pourrait citer comme chefs d'œuvre, ou simplement réputées, n'aient fait l'objet de traitements particuliers. À l'époque de l'argentique de "simples" choix de marque/type de films, de marque/type de révélateur pour les révéler, de marque/type de papier photo et là aussi de marque/type de révélateur pour révéler les tirages constituaient des interventions sur les photos. Et c'est pour ne pas faire trop long que je me cantonne à ces aspects, car une simple variation de température de bain, ou de durée d'immersion ont des impacts parfois énormes...

Tireur photo était et reste un vrai et noble métier, qui consiste à mettre en valeur le meilleur de l'œuvre photographique, telle que le photographe entend la montrer. Un métier d'artiste et d'une grande technicité, complémentaire de celui de photographe. Indissociable.

Remettre tout ça en question, quand ce n'est pas par simple ignorance, relève toujours de l'énigme pour moi...