Regads sur la Ville GUEDIAWAYE
 
Description
 
Un taux de chômage de plus de 45% ; une population évaluée « officiellement » à 500 000 habitants et constituée de 65% de jeunes de moins de 25 ans. Comme pour beaucoup de villes de banlieues d’Afrique et du monde, les chiffres ne plaident pas en faveur de Guédiawaye. Située à une quinzaine de kilomètres de Dakar, la ville ne possède pas d’industrie. Son économie est essentiellement basée sur le commerce et l’artisanat. Sa forte croissance urbaine et démographique dévoile une réalité dont les maîtres mots sont pauvreté, analphabétisme et insalubrité.
Paradoxalement, l’importance de la dynamique associative à Guédiawaye, traduit la capacité des populations à développer des stratégies de sortie de crise. Les efforts de la municipalité, la présence des associations de quartier, l’appui des Ong ajoutés à la volonté d’une population fièrement attachée à sa ville, sont les preuves d’un refus de la fatalité. Malheureusement les initiatives, aussi louables soient elles, sont le plus souvent isolées. La richesse culturelle due à la grande diversité de la population, ainsi que le vivier de talents qu’alimente la vitalité d’une jeunesse révoltée, sont autant de filons inexplorés et inexploités.
 C’est sur ce contexte que s’appuie le projet collectif « REGARDS SUR LA VILLE ». Pendant 15 jours, profitant d’une résidence dans la ville, 10 photographes professionnels s’imprégneront de ses réalités pour en proposer une vision originale.  
L’ensemble des travaux sera présenté durant le prochain festival des arts, « Dak’art 2006 » qui se tiendra au mois de juin.
 
 
Une résidence de photographes
Dix photographes professionnels vivant et exerçant au Sénégal, ont été sélectionnés pour participer, pendant quinze jours, à une résidence organisée par la ville. Logés par la municipalité ou directement chez l’habitant, ils pourront ainsi s’imprégner des réalités de Guédiawaye et sillonner ses rues dans ses moindres recoins ; se fondre dans la vie quotidienne des habitants et partager leurs moments d’intimité afin de fournir une image endogène et sans complaisance de la citée. Il s’agit donc d’une série de travaux pour aller « au-delà des clichés », mais qui devront tous être justifiés par un projet. En d’autres termes, il n’est pas question de produire des images au gré de gentilles déambulations, mais de donner du sens à un regard, en appuyant une idée de départ par de l’investigation. Dès lors, chacun aura le loisir de laisser parler sa sensibilité qu’elle vienne de la presse, du documentaire ou de l’art.  En marge de ce travail individuel, certains photographes seront invités dans les établissements scolaires de la ville afin de sensibiliser les élèves à l’utilité de l’image, à l’aide d’appareils jetables, et de leur permettre de participer activement au projet « Regard sur la ville ».
 
 
 
 
 
 
 
 
MISSION PHOTOGRAPHIQUE
REGARDS SUR LA VILLE
 
Historique                                                                                                                                          
En 1994, Boubacar Touré Mandémory et d’autres photographes sénégalais lancèrent, en partenariat avec le Musée de l’IFAN, la première idée de « Regard sur la ville » : « Dakar, d’hier et d’aujourd’hui ». Il s’agissait d’un projet photographique qui, prenant la forme d’une mission ponctuelle, réunissait une équipe de professionnels de l’image provenant d’institutions et de différentes structures de communications de la ville de Dakar et de la BHS. A l’époque, il nous paraissait important, à l’approche du 21ème siècle, de laisser une trace visuelle des transformations de la ville opérées au cours de l’histoire tant sur le plan humain qu’urbain.
Depuis, avec l’appui continu du Centre Culturel Français, cette entreprise s’est enrichi de nouveaux regards qui se sont portés sur Dakar mais surtout sur sa périphérie. Compte tenu de l’importance qu’ont prit les banlieues dans l’évolution des capitales africaines, nous avons pensé qu’un regard approfondi sur ces points de chute à l’exode rural, étaient indispensables pour comprendre une partie du phénomène urbain en Afrique.
Au Sénégal,  Guédiawaye peut être considérée comme un bon exemple de cette nouvelle donne. C’est pourquoi, nous souhaitons faire de ville le point de départ d’un travail sur les banlieues d’Afrique en y organisant chaque année une exposition collective qui permettra à différents photographes venant de différents pays d’Afrique de se rencontrer et de confronter leur regard sur ce thème.   
 
 
  Photographies de banlieue
                              
Au départ, il y a une rencontre entre un photographe et son maire d’arrondissement. Le premier, en quête d’identité, est désireux de renouer avec son milieu naturel pour transformer son cadre de vie en une grande scène de théâtre avec le citoyen comme principal acteur. Le second, ouvert à l’expression culturelle depuis toujours et fervent défenseur des artistes, est animé par un seul désir : faire de Guédiawaye une ville à part entière. De cette alliance de l’artistique et du politique ne pouvaient que naître une succession d’objectifs conjoints. En lançant « Regards sur la ville », le premier comble le vide dont souffre actuellement la photographie au Sénégal en créant une tribune où les professionnels à la faveur d’intenses moments de réflexion pourront enfin s’unir pour structurer et faire évoluer un domaine trop longtemps resté dans l’informel. Le second, en s’appuyant sur cette initiative inédite, fait de Guédiawaye un pôle d’attraction culturel continental et attire l’attention sur la vie dans les villes situées en périphérie des grandes capitales.
De plus, en faisant coïncider la tenue de cette première édition en mai 2006 durant les manifestations de la prochaine Biennale des Arts « Dak’Art », et en s’appuyant sur  la logistique du festival, « Regards sur la ville » bénéficiera d’un public venant de tous les horizons. Ainsi, en joignant l’utile à l’agréable, « Regards sur la ville » est le pôle d’extension idéal d’un évènement culturel planétaire.
 Par Héric Libong