Je roule tranquillement sur un chemin forestier, il fait beau, les feuilles mortes miroitent le soleil et ces reflets, ces vibrations me captivent. Cependant, la contemplation ne faisant pas bon ménage avec la pratique de la bicyclette, mon vélo fait une embardée qui m’oblige à bloquer les freins. Arrêt brutal ! Souffle coupé ! Ouf, j’ai réussi à éviter le fossé qui a l’air assez profond. Je le scrute, le cœur battant…soudain mon œil est attiré par une tache rouge…je m’approche…on dirait un escarpin…Serait-ce un Louboutin? Ce rouge brillant au milieu de la boue…Non, c’est un vulgaire escarpin vernis rouge. Je suis intriguée, à qui appartient-il ? Serait-ce une femme un peu légère qui l’aurait perdu ? un rendez-vous amoureux qui aurait mal tourné ? Aurait-elle essayé de s’échapper, serait-elle tombée? Dans ce cas, elle n’est peut-être pas très loin…Je vais arpenter le bois et partir à sa recherche, on ne sait jamais…Peut-être pourrai-je lu apporter de l’aide. Je suis inquiète.
Vais-je la trouver allongée dans l’herbe verte à demi inconsciente? Mon esprit vagabond me ramène à ce poème de Rimbaud dont je marmonne ces vers « … il est étendu dans l’herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.)
Submergée par l’émotion et par ma tendance à dramatiser les situations, je cherche fébrilement un corps…Quelques kilomètres parcourus en zig-zag dans le bois me laissant bredouille, ma panique intérieure s’estompe et je reviens à des hypothèses moins tragiques…
Il s’agit tout simplement d’une chaussure égarée par Cendrillon et je vais la laisser là ! Le Prince charmant viendra sûrement à la découvrir …Il ne faudrait pas priver une belle jeune fille de la rencontre de sa vie …Je dois vraiment passer mon chemin et oublier cet escarpin.
Cependant, ma tendance à ressasser me ramène à la question : A qui peut-il bien appartenir ?
Mon esprit reste en éveil! Rassemblons les indices :pointure 38, talon aiguille, aucun doute, le petit chaperon rouge n’aurait pas pu le porter…