Pieter Bruegel Jeux d'enfants 1525- 1569 La cour de récréation était ma cour, une très grande cour étagée qui pouvait se révéler déserte parfois…Je l’aimais bien à ce moment-là, quand tous les élèves étaient partis et que je pouvais enfin en parcourir tous les recoins avec mon chien, en toute quiétude! Patins à roulettes sous le préau au sol si lisse, flânerie dans l’ancien jardin où poussaient groseilliers et fenouils dont l’odeur anisée flattait mes narines…
J’aimais beaucoup aussi, l’ombre des acacias, l’odeur sucrée de ces arbres majestueux et protecteurs lorsqu’ils étaient en fleurs. Je passais du temps sous leur feuillage à admirer les taches de soleil et leurs reflets qui vibraient au sol. Creuser la clotte dans le terre avec le talon de ma chaussure et m’entraîner seule à viser les billes étaient devenus un vrai rituel. Je me tournais aussi vers les murs de l’école blancs et sans aspérités qui renvoyaient avec précision la balle ou la pelote dont je n’ai pas oublié le son sec et mat. Je m’exerçais à lancer, à rattraper, au son de ritournelles que je fredonnais frénétiquement… et je chantais : «simple… sans rire… sans parler… sans bouger… en bougeant…sur un pied… »
La cour était mon domaine et je m’entraînais !!! Objectif : la récréation !
Bien entendu, les moments consacrés à la récréation étaient de la plus haute importance et le rôle social de ce quart d’heure n’avait échappé à aucun d’entre nous !
Ma condition de fille d’instituteur (unique de surcroît) me condamnant à jouer seule la plupart du temps, vous ne serez pas étonnés d’apprendre que les jeux collectifs me passionnaient. Ils étaient proposés par les grands qui permettaient aux plus jeunes de les rejoindre au sein d’une équipe. J'aimais partager cette cour!
Je participais avec passion et énergie au ballon/prisonnier et au jeu du béret.
Le premier demandait de la rapidité dans la course pour échapper à ce projectile qui devait nous atteindre! Il demandait aussi de la vivacité pour bloquer ce ballon dans les bras et aussitôt viser un adversaire. J’aimais beaucoup exercer mon adresse et, courir à corps perdu, m’animait d’une grande excitation. Echapper au projectile, s’en saisir, le lancer le plus fort et le plus vite possible pour faire des prisonniers ! Faire gagner son équipe, un vrai bonheur! Parfois des stratégies se mettaient en place: les petits malins se faisaient prendre volontairement pour aller en prison. Ils pouvaient alors, dès le début de la partie, faire des passes à leurs partenaires. Il fallait fatiguer l’équipe adverse, accélérer ou ralentir le rythme des passes pour déstabiliser l’ennemi. Nous étions à bout de souffle mais bientôt tous les adversaires seraient en prison et l’équipe gagnante couverte de gloire !
Bizarrement, la partie n’était jamais interrompue pas le signal qui marquait la fin de la récréation !
Il arrivait même que nous puissions marchander une partie supplémentaire bien que le délai légal soit dépassé ! Sous l’œil du maître, nous attaquions alors le créneau réservé à l’activité sportive ! Une souplesse pédagogique qui nous remplissait de reconnaissance envers « monsieur ».
Quant au jeu du béret, il mettait en scène deux équipes dont chaque joueur était numéroté.
A l’appel d’un numéro, deux joueurs adverses s’élançaient pour saisir le plus rapidement possible un objet (le béret) placé au sol à égale distance des deux équipes alignées. Rapidité, vivacité, ruses, feintes tout était mis en œuvre pour subtiliser le trophée et le rapporter dans son camp sans se faire prendre !
De belles poussées d’adrénaline nous envahissaient et les cris de nos partenaires ou adversaires ajoutaient de fortes émotions à ces parties acharnées !
Le retour en classe se faisait ensuite dans le plus grand calme et le silence complet…
Nous étions prêts à aborder la suite des apprentissages…
Rysa

Texte retravaillé après l’atelier écriture du 3avril 2014 La-récréation-rue-Buffon-Paris-1959.-Robert-Doisneau
consigne: "la cour de récréation, entre 6 et 9 ans"