En vérité je vous le dis les gens, si Dieu existe comme les Pères de l’Eglise nous l’ont affirmé, il y a bien longtemps maintenant, nous n’échapperons plus au Jugement Dernier.
Les très hauts magistrats des Enfers et du Paradis ne nous épargneront pas alors d’un procès retentissant pour enfin lessiver nos âmes noircies de tous nos abominables péchés, de toutes nos vilenies, de toutes nos bassesses, de toutes nos vanités sans fond et sans âge !
A côté, le tribunal de Nuremberg, celui de l’inquisition ou celui de la Terreur passeront pour des joyeuses pochades de collégiens en fin de cycle.
Ce jugement-là, ultime d’entre les morts, sera paponnesque en diable, je vous dis, un véritable lynchage universel et médiatique et ceux qui ne seront pas déclarés d’emblée coupables seront réputés complices ou co-auteurs vils et lâches de toutes les ignominies de ce monde !
Il ne faudra pas pleurer hein ! Ça sera trop tard bande de mécréants balsphémateurs ! Et ça ne sera que justice espèce de bandits jouisseurs matérialistes et damnés !

Toutefois il y a aura des circonstances atténuantes voire une rédemption pour des siècles et des siècles (Ah mais !) pour ceux qui auront admiré au moins une fois dans leur vie ; une remise de peine pour ceux qui auront acheté ou utilisé et enfin un sursis éternel pour ceux qui auront imaginé et fabriqué la légendaire, la mythique, la plus étonnante et la plus simplissime des voitures automobiles qui n’ait jamais été : La Dodoche, alias la Deudeuche, alias encore la 2 CV Citroën !

Oui, Française, Français, en cet an de grâce (ou de merde grasse) 2008 notre Dodoche nationale fête ses 60 ans !
Certes, elle est en retraite méritée depuis bien des années, mais elle est toujours bien présente et active et elle roule encore dans nos esprits, dans nos âmes et dans notre cœur.
Elle roule toujours en nous aussi vite et aussi sûr que le Camembert, la cathédrale d’Amiens, le TGV, Rabelais, le champagne, le biniou, le tonneau de Beaujolpif, le minitel, le palais du Facteur Cheval, le pastis de Marseille, Rimbaud, le radeau de la Méduse, le laguiole, la baguette de pain, la moitié de l’avion Concorde, le tripoux d’Auvergne, Voltaire, la cuisse de grenouille, Versailles, la mayonnaise, le Louvres, l’opinel, le guide Michelin, Polytechnique ou le beurre d’escargot !

C’est en effet en 1948 que la légendaire Dodoche sortit des usines Citroën (appartenant alors à la maison auvergnate Michelin !) pour répandre inexorablement le génie français (voire gaulois) à travers le monde et même à jamais et biens mieux que ne le fit la pseudo révolution du même bois sans culotte, sans chemise, sans papier, sans pantalon, sans intelligence, sans chic, sans goût, sans classe, sans chevalerie, sans esprit, sans âme et donc éternellement sans avenir.

Le papa, ingénieur de notre Dodoche qui fut toute sa vie à la fois au four et au moulin se nommait Pierre-Jules Boulanger (1885-1950) et un tel patronyme ne s’invente pas au pays du bâtard restaurant, du croissant et de la baguette en ficelle.

La 2CV Citroën est à la France ce que la WW Coccinelle est à l’Allemagne ; la Ford T, la Cadillac ou la Mustang est aux USA ; la Rolls, la jaguar type E ou la Mini-Cooper sont à l’Angleterre. Je ne vous parle pas de la Traban, du vélo Solex, de la DS ou de la Vespa italienne !

J’ai eu la chance, la surprise et le grand bonheur enfin, il y a quelques années, grâce à un de mes potes, de conduire une Dodoche, une vraie, une authentique, une rustique qui, si elle ne datait pas de 1948, fut fabriquée sans doute en 49 ou 50.
Comme son concepteur le disait lui-même : Cette machine était « un parapluie sur quatre roues » pas plus, pas moins.
On la qualifiait à l’époque de TPV (Très Petite Voiture) !
C’était spartiate ce truc, je vous le dis !
Spartiate, mais ô combien étonnant !

Une bagnole de moins de 300 kg, quatre places assises, 50 kg de bagage transportable, 2 CV fiscaux, traction-avant bicylindre de 375 cm³ refroidis par air, 60 Km heure en vitesse de pointe (à vraiment tout casser), une boîte à trois vitesses et un levier à boule à fondre, une suspension à ressorts hélicoïdaux, à amortisseurs à friction et batteurs d'inertie vraiment à toute épreuve
Et pour finir, la bébête ne consommait que 3 litres aux 100 Km.
Les sièges étaient ce qu’ils étaient, c’est-à-dire rien ou le strict nécessaire avec une toile et un élastique là et à pleine vitesse, les tôles aussi légères que les ailes d’un papillon faisait un tel vacarme d’enfer qu’on se serait cru dans une partouze de papiers d’alu camés jusqu’aux yeux.
Inutile de vous dire que le modèle que j’ai testé était né sans clignotants, sans chauffage, sans radio, sans clim, sans GPS, sans Airbags et que ses phares éclairaient la nuit aussi bien que mon cul ou qu’une lampe de poche en fin de camp scout.
Les essuie-glaces étaient raccordés d’origine au compteur de vitesse (Si, si) mais cette fois le raccord ayant pété de vieillesse, mon pote génial les avait couplés sur un moteur électrique à piles qui marchait quand le Saint Esprit était de bon poil et surtout quand il ne pleuvait pas trop.
Bref, un poème les gens !
Mais quelle expérience hein !

Gloire à la Dodoche !
Gloire à la Dodoche au plus haut des essieux !

On t’aime la Dodoche, reste avec nous, mais surtout, roulez (prudemment) belle jeunesse !