le secret de Salvador Dali



Histoire officielle :

En 1928,
Luis Bunuel fait venir le jeune Salvador Dali à Paris lors du tournage d'Un chien Andalou dont il est co-scénariste. Dali en profite pour rencontrer les principaux membres de l'avant-garde dadaïste-surréaliste installés dans la capitale : Tristan Tzara, Max Ernst, Paul Éluard, André Breton, René Magritte et Man Ray. Malgré sa timidité, Dali s'impose à leur yeux comme un jeune artiste surréaliste talentueux et prometteur.

L'été suivant, répondant à son invitation, Magritte, Bunuel, Eluard et sa femme, Gala, lui rendent visite à Cadaqués. Dali, hyper nerveux, est aux prises à de graves troubles psychologiques provoquant de violentes crises de fou rire incontrôlables qui frôlent la folie.
Son équilibre mental semble très précaire à ses nouveaux amis.

Les hôtes sont émerveillés par les nouvelles peintures de Dali, mais ils restent très sceptiques quant aux éléments scatologiques de certaines toiles (Le jeu lugubre).

Dès leurs premières discussions, Dali voit en Gala la femme de ses rêveries d'enfance et en tombe éperdument amoureux. Il lui fait une cour délirante et à la fin du séjour, les invités repartent tous, sauf Gala.

Fascinée par ce jeune peintre timide, incontrôlable et si prometteur, Gala va tout faire pour endiguer la folie schizophrénique galopante qui le ronge pour laisser place à un délire créatif positif et enrichissant.

Cependant, loin d'être reconnaisant de toutes ces attentions à l'égard de leur fils, la famille de Salvador rejete cette idylle passionnée. Gala est une femme mariée, aux moeurs douteuses, gardant à leur yeux l'image de l'immigrée russe vivant dans la débauche des artistes parisiens, abandonnant son enfant pour des frasques amoureuses.

Encore une fois, c'est l'affrontement avec la famille, intransigeante. Dali est chassé par son père de la demeure familiale et se retrouve à la rue, presque sans un sou. C'est alors que Gala va véritablement s'affirmer comme une maîtresse femme, prenant en main le soutien matériel de la vie du peintre. Gala devient le centre nerveux de toute l'organisation du couple Gala-Dali. Elle joue tous les rôles : imprésario, attachée de presse, mannequin, hôtesse, etc. Elle veille à ce que Dali ait sa peinture et ses toiles. Elle va vendre ses oeuvres et cherche des mécènes pour les financer. Elle stimule Salvador sur tous les plans, autant intellectuel que sexuel.

Loin d'avoir des dons innés de femme d'intérieur, elle gère tout de même la vie quotidienne du couple, ne laissant à Dali que la tâche de créer et de développer son génie, le tout dans une atmosphère de paix et de confort. Dali disait d'elle : « Elle enlève le souci d'être un homme. Elle est mon sang, mon oxygène, l'ange de l'équilibre. »


Mais qui est Gala ?

Née en 1895, d'une famille bourgeoise russe, Helena Devulina Diakanoff, fille d'un fonctionnaire de Moscou, surnommée par tous Gala, mêle un charme et une assurance presque insolente.
Soignée pour une infection pulmonaire en Suisse avant la première guerre mondiale, elle tombe amoureuse d'un autre convalesceant, Paul Éluard, écrivain et poète francais. Cultivée et sûre d'elle, elle envoûte aisément ce jeune artiste prometteur qui l'épouse juste avant le début de la première grande guerre.
Après la guerre, Gala fréquente avec son mari les cercles intellectuels et avant-gardistes parisiens. Plus encore, elle participe aux débats. Femme de tête, elle devient vite la muse de tous les artistes surréalistes parisiens. Gala et Paul Éluard ont une fille, mais Gala n'a absolument pas la fibre maternelle et abandonne son éducation à sa belle famille.

La vie de femme de maison la déprime. C'est une femme d'action qui a soif de culture et de richesse. Durant les années 20, elle entretient sous l'oeil complaisant et amoureux de son mari une relation amoureuse avec Marx Ernst, jeune peintre allemand surréaliste très en vogue. Elle quitte définitivement ces deux hommes en 1929 pour Dali. Cependant elle restera en très bon termes avec eux, faisant bénéficier le jeune peintre catalan de ses relations.

Inspiratrice, modèle et au coeur de l'univers pictural dalinien, Gala s'impose progressivement comme la source inépuisable du génie et cela jusqu'à la fin de sa vie.


Comment Dali peint GALA ?
Dali représente Gala au travers ses fantasmes, non pas selon l'interpretation que lui suggère son délire imaginatif mais telle qu'elle est vraiment, fidèle de corps et d'expression avec un réalisme décapant, sans tendresse particulière.

Physiquement, elle apparaît de proportions parfaites avec les épaules étroites, le bassin large et la fesse généreuse. Bien que son corps soit superbe et présente les proportions idéales d'une statue antique, Gala n'est pas belle. Il ne cherche ni à adoucir ni à caresser son image. Pourtant dès qu'elle apparaît sur une toile on peut dire que Gala crève l'écran. Elle s'impose, formidable de présence et de vie. Avec son cou élancé, traduisant un orgueil de soi, son regard est à la fois charbon insondable et glace. Elle remplit la toile, elle rayonne, mystérieuse et envoûtante.

Dali traduit fidèlement le magnétisme de sa nature. Gala incarne pour Dali l'instinct de vie et l'équilibre du monde. Il peint une Gala hyperréaliste. Docile en apparence, c'est une irréductible qui jamais n'abdique sa personnalité.

Histoire non officielle :

De nombreux biographes ont écrit sur le rôle majeur de Gala sur la peinture de Salvador. Tous s'entendent sur l'apport structurel et intellectuel qu'elle a pu fournir à Dali. Tout au long de sa vie, Dali n a cessé de faire la louange de cet amour parfait, de cette femme qui l'a sauvé du naufrage psychologique. Dali a toujours affirmé que Gala fut la seule femme à qui il a fait l'amour. En effet, malgré les multiples expériences sexuelles décrites abondamment par Dali dans sa jeunesse et plus tard, il semble que Gala fut la seule femme qui lui enleva sa viginité et lui appris l'acte sexuel - terreur de jeunesse de Salvador - avec passion. (Pour plus de détails voir le chapitre La vie érotique de Dali)

Cependant derrière l'image officielle d'un amour idyllique sublimé et raconté par Salvador durant toute sa vie, des évidences plus concrètes nous montrent un tout autre décor. Aux premiers abords, ils forment un couple peu assorti. Avec ses apparences excentriques, très dandy, Dali semble en parfaite opposition avec l'allure sobre et austère en tailleur Chanel de Gala. Économe de ses effets et de ses paroles, mystérieuse presque mystique - elle lit l'avenir dans les cartes - Gala offre une performance en société toute en opposition à un Salvador Dali joueur, dynamique, de plus en plus confiant avec les années.

Au fil des années, tenant d'une main de fer la carrière de Salvador, Gala gère à son gré les contrats de son mari. Elle prend les commandes, négocie férocement ses moindres réalisations artistiques et encaisse les dividendes... En fait, dès la fin des années 30, la relation Gala-Dali s'est stabilisée en une sorte de partenariat économique complexe. Dali travaille seul mais ne sort jamais sans Gala.

Dans les années 40, une fois le couple exilé aux États-Unis pour cause de guerre en Europe, Gala ne joue plus ni l'égérie, ni au partenaire heureux de se prêter aux délires sexuels de Dali. Elle se transforme en mère et geôlière. Lassée de vivre par procuration et pour Dali, elle commence à s'éloigner, allant de relation sexuelle en relation sexuelle avec de jeunes garçons. Dali travaille et gagne de l'argent pour que Gala puisse satisfaire sa gloutonnerie sexuelle et son besoin de rester jeune (liftings). Gala ne suporte pas de vieillir, elle qui est de 9 ans l'aînée de Dali. Elle devient de plus en plus avide et violente. Progressivement, elle délègue les affaires courantes à des hommes de confiance plus ou moins sérieux. Elle passe des commandes sans cesse et va même jusqu'à enfermer Dali dans son atelier jusqu'à ce qu'il les honore. Sa phobie du manque d'argent la ronge.

Incapable d'assumer psychologiquement cette situation, Dali élève Gala au rang de madone intouchable et lui pardonne tous ses excès (voir les tableaux A40-50 Galarina, froide et hautaine)

Le 10 juin 1982, Gala meurt au Château de Pujol, cadeau fait par Dali 10 ans plus tôt.