Ou Mohammed aux médias
Mohammed VI, successeur au Maroc du numéro V, ne supporte pas la flagornerie et le mensonge. Il fait saisir l’hebdromadaire Tel Quel qui s’apprêtait à publier un sondage le plébiscitant à 91% pour bon cheval. La royauté est insondable, ajoute un fifre local qui nous débouche des souvenirs. Les 9% sont priés de se présenter à la Mamounia où leur seront délivrés harira, tajines, babouches et cornes de gazelle. Neuf pour cent et tout est dépeuplé !
Des nouvelles de Münchausen. Le baron chevauche sur une grève bretonne. Son cheval s’enlise et périt. Il doit la vie à un tractopelle qui besogne à deux pas. Le baron n’est plus que l’ombre de lui-même, quand il se tirait d’affaire per proprio motu.
Nous y sommes : Obama est dans le dur. Les immenses-espérances-qu’il-avait-fait-naître commencent à renâcler, le lobby des petits pains surmultipliés s’impatiente : satisfait ou remboursé deux fois. Il n’y a qu’un pas du Capitole…Barack songeur dans son bureau ovale, tandis que s’effrite son capital de points : Ruée vers l’or et danse des petits pains. Quand il n’y a plus que Charlot.
Pour Obama. Ceux qui vous encensent ont déjà les traits déformés de la déception. L’encensement est déjà caricature. A vous « l’honneur cruel de décevoir » selon Cioran.
Dernières nouvelles du capital. Les banques nord-américaines se sont empressées de rembourser la main qui les a sauvées, en un temps record. Morgan Saxo joue du pipeau, enfin du soprano, façon Béchet. Aucune gratitude là-dedans : que toute chose retrouve sa place afin que tout recommence comme devant. Lendemain de fête. A quelle toxine en étions-nous ? A quel judicieux bricolage inédit accommoder les intérêts de la dette ? Comment à son tour ruiner la paille ? La créativité phosphore, le génie reprend du poil de la bête, les alchimistes sont sur la brêche. L’or donc, et pas de plomb dans les têtes.
La dépression aussi est un capital sur lequel investir (ce que n’avaient pas su faire les capitalistes primitifs de la Grande Crise de 29). C’est l’enseignement de la « crise », enfin de six mois d’hystérie. Le travail au corps du négatif, sa transmutation (compétitive). Au fond c’est très moral, comme rebondir, comme « résilience », comme positive attitude et happy ending. Parabole des talents. Et c’est exactement ce que signifie l’expression moraliser le capitalisme, il n’est rien qui ne puisse faire un actif, tout est bon, comme cochon. On ne voit ni comment ni à vrai dire pourquoi – car le comment conditionne le pourquoi - enrayer une mécanique à la fois si célibataire et aussi sublime. Le capitalisme signe le triomphe de l’esthétique. Il désespère la catastrophe.
Les Européens pensent qu’il n’y aura plus jamais la guerre en Europe. Cette folle éventualité les fait sourire. Ce qu’ils appellent guerre en Europe, ce sont d'âpres combats en bas de chez moi, rue des Abattoirs, car coté Eugène Delacroix, il ne faut même pas y penser. L’art et la culture veillent à la paix des âmes. J’atteste cependant que d’inquiétantes rumeurs montent de chez mes vociférants voisins du dessous, où l’on se traite régulièrement d’ordure et de saloperie de merde et où l’on parle même parfois de se tuer, un jour, et de crève salaud ! avec des accents très convaincants, tout en brutalisant la menuiserie qui n’y est pour rien ; c’est bien désolant, ces portes qui prennent du jeu, battant ensuite au moindre courant d’air. Je ne serais pas étonné d’être un beau jour l’heureux voisin d’un massacre en famille, ce serait mon heure de gloire, nul mieux que moi ne pouvant en tracer la genèse et faire jouir la sanglante chronique. Cela dit, je concède que ça ne se passe pas dans la paisible rue et que ces performances restent semi-privées, quoiqu’européennes. Tout à coté de la souriante, il y a sans doute une Europe vierge et méconnue, que ravit Zeus, séduit, alors qu'il traînait dans les bouges de Tyr. Et que faisait donc Europe dans les bouges de Tyr ?
Ceux qui n’avaient pas de francs à présent n’ont pas d’euros. Logique. Ils ne sont pas plus pauvres pour ça, et du coup, par ce mince exploit, se sont quelque peu enrichis. Et comme ils n’avaient pas de dollars non plus, ils n’ont pas pu les changer en pétrole. Ils ont bien déniché un vieux penny en bronze en farfouillant dans un recoin, oui, mais qu’en faire ? Ils l’ont reposé dans son recoin, ça ne mange pas de pain et les recoins ont bien besoin de leur petite population de babioles, quoi de plus indécent qu’un recoin tout nu exhibant son dièdre ?
J’aime assez qu’un mur expose fentes et lézardes, surtout un plafond. Rien ne stimule la pensée, au moment béni de la sieste, comme un de ces petits précipices propices à la faire voyager. Il se passe des choses inouïes dans les fentes & lézardes. Mais je n’aime pas du tout qu’une porte batte, ou une fenêtre, que le pêne vibre dans la gâche, et je suis là-dessus d’un pointillisme extrême. Et je hais les tiroirs dont les coulisseaux sont usés et qui ferment en zig-zag. Ca c’est odieux. Pour bien faire, un tiroir se ferme de la pression du petit doigt sur l'angle de sa face. C'est la volupté même. La poussière et le gras de cuisine finiront par m’inspirer un profond mépris, je le crains. J’aime les lézardes. Et à cet instant je ne veux plus croire mourir bêtement, mais disparaître dans une de ces fantasques anfractuosités dont les murs ont le secret et les êtres sont si avares. Allez comprendre (pas trop vite, s’il vous plait, on a tout le temps).
Comme j’ai parfois besoin de compagnie et qu’il n’y en a pas, j’en invente comme on se joue, cela ne m’a jamais été bien difficile, un jeu d’enfant contracté dans l’enfance comme seuls les enfants savent en élaborer. Puis cette invention rejoint les autres, et j’éprouve alors besoin de compagnie. Ni une ni deux, j’en invente. Si bien qu’au bout du compte, enfin au milieu, j’ai encore besoin de compagnie. D’où ces incessants et incorrigibles et insatiables petits écrits. Je ne cesserai jamais d’avoir parfois besoin de compagnie, et comme il n’y en aura jamais (que toujours ou jamais, et donc tout ou rien, comme il se doit), j’en trouverai toujours, sachant où la trouver, quoique j’aie déjà tout dit sur les bouteilles, sur la mer, et sur l’art de s’en servir par tout temps quels que soient les flacons, les bouchons et les océans qui sont au monde.
Si c’est tout ou rien, partout où c’est tout ou rien, je choisis rien, sûr que par cette option, il y en aura bien assez, déjà trop, tandis que l’autre m’ensevelit, prématurément à mon modeste avis. Les hommes exagèrent, c’est dans leur nature. Voyez Blaise Pascal, il exagère #: Le silence infini de ces espaces éternels m’effraie. Mais il y est obligé : d’un coté l’effroi, le silence infini, les espaces éternels, tout ça ; de l’autre un moi, pas même, l’ellipse d’un moi apostrophé, ou bien l'ellipse apostrophée d'un moi catastrophé, tout ce qu’il y a d’improbable en tout état de cause. Disproportion. Litote. Comment voulez-vous dans ces conditions ne pas exagérer ! Moi-même, j’exagère énormément, massivement, quotidiennement, indéfectiblement, adverbialement, pour faire la farce, et ne me fais quand même pas l’illusion d’y être pour quelque chose, d’y avoir un choix. J’ai pris les choses en route, où elles en étaient, à partir du moment où j’ai pu me voir prendre le dessus, où cette image m’est devenue supportable et moins préjudiciable à des mouvements, comme avancer la main ou se gratter le nez. Elles sont incroyables (les choses), et je n’ai pu trouver par élimination que les hommes pour leur avoir imprimé ce tour emphatique et hyperbolique si caractéristique de leur affiliation. Ce n’est pas les pierres, pas les bêtes, pas les éléments, pas les tourniquettes, concluez vous-même. Ce foutoir ne saurait fonctionner sans humour. Et Blaise Pascal est un grand humoriste, dans le genre pince-sans-rire, bien que ce fait soit étrangement peu relevé par la commentature qui affiche là une de ses mines le plus compassées et pour tout dire sinistres. Tant pis pour elle. Voyez plutôt : Figure porte absence et présence, plaisir et déplaisir. (Soit dit en passant, à quoi bon bayer face aux portraits de Warhol sans ce renseignement capital, qui, de toute façon, vous saute à la figure en les contemplant ?).
Argument-type de la mauvaise foi : ceci n’a rien à voir avec cela. Comme si on n’était pas là pour faire des rapports. Comme si les relations ne nous échoyaient pas et que tout fût donné !
# L'autre Blaise aussi, car Cendrars prétend avoir vu des trains de soixante locomotives qui s'enfuyaient à toute vapeur (...)
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