La Musique
Le point de départ de la collaboration de Lionel BORD avec le Duo Maderas traduit une
volonté commune de proposer une autre approche musicale de l’univers du conte tel que
nous l’imaginons habituellement.
« Si la musique se veut avant tout le vecteur des émotions véhiculées par le texte, on
n’utilise pas ici de comptine ou autre chanson comme le veut généralement l’usage. La
dramaturgie musicale se situe à un autre niveau. Elle peut ainsi illustrer le texte de
différentes manières : proposer une interprétation musicale, souligner une ambiance
générale (ex : évocation des bruits de la forêt) ou encore assumer seule une partie du
discours. Son pouvoir évocateur est traité à tous les niveaux de la narration lui assurant ainsi
une place privilégiée.
Son contenu s’inspire largement et assez librement d’éléments issus de la musique
traditionnelle chinoise ainsi que d’éléments plus personnels constituant les fondements de
mon univers musical ».
Fidèle à la structure de conte, Lionel tente de restituer à travers la musique, la singularité
des deux univers mis en scène : celui du rossignol (le monde sauvage, la nature, l’aspect
éphémère mais aussi universel) et celui de l’Empereur (l’aspect majestueux, la civilisation, la
nature apprivoisée). C’est autour de ces deux axes que s’organise toute la dramaturgie
musicale du conte.
La Mise en scène
Une histoire d’amour entre un empereur et un oiseau. Tel se présente le Rossignol
d’Andersen, souvenance de la passion de l’auteur pour une cantatrice surnommée « le
rossignol suédois ». Partant de là, l’illustration musicale et théâtrale devient une évidence.
C’est l’histoire d’une voix et de son pouvoir de fascination, de sa gloire, mais aussi celle
d’une liberté entravée par un amour possessif et tyrannique. C’est aussi et surtout la
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parabole de l’art contre l’industrie, de l’authenticité triomphant de l’artifice et des machines.
Notre choix de mise en scène cherche à mettre en images cet au-delà du texte, les
aspirations et les inspirations qui traversent le conte.
Une seule comédienne incarne tour à tour les différents personnages : l’Empereur, d’abord,
cet artiste dans l’âme aveuglé par son désir et son pouvoir, noir et d’une beauté terrible, aux
caprices enfantins, mais ému aux larmes par quelques notes cristallines. Puis, la servante à
la candeur rare, et d’autres personnages sous forme d’ombres, de marionnettes, ou
simplement de récit à deux voix. Les deux musiciennes et leurs instruments au visuel
significatif viennent compléter les tableaux : dames de la cour et gens du roi, la flûte comme
le chant du rossignol et la harpe dont la lumière durcit les cordes, comme une cage où
l’oiseau se débat.
Toute cette histoire se déroule dans un décor essentiellement sculpté par la lumière et par
des images plus évocatives qu’illustratives : fouillis de végétation, notes de musique,
estampes, idéogrammes et haïkus. Les ambiances très contrastées accompagnent celles de
la musique, ses revirements soudains, sa légèreté ou son intensité.
Promenade d’émotions pour l’enfant, de surprises, de peurs et de bonheur. Promenade
dont il reviendra avec, nous l’espérons, une nouvelle fenêtre ouverte au coeur…
Les Costumes
En ce qui concerne la création des costumes pour Le Rossignol et l'Empereur, il
s’agit de costumer la comédienne ainsi que les deux instrumentistes.
Violaine, la comédienne, incarne plusieurs personnages : l'Empereur (rôle
principal), une geisha, une jeune fille et la Mort. Tristan Lahoz imagine donc une
tenue de base commune à tous les rôles, qui se transformerait par le port et le
changement d'accessoires multiples spécifiques à chaque personnage incarné.
L’Empereur, personnage puissant, majestueux et riche, aurait une grande barbe
aux longs poils, de grandes étoles brodées ou peintes, une grande tunique en
trapèze noir, couverte de capes ou manteaux impériaux.
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La Jeune Fille innocente, tendre, porterait une tunique blanche translucide,
plissée dans le dos.
La Geisha coquette, serait parée de bijoux, d’étoffes colorées, de rouge, de
jaune… des couleurs qui contrastent avec son teint pâle. Musicienne, artiste,
elle pourra se voir attribuer un instrument ou un objet significatif de ses
qualités artistiques.
La Mort, elle, est incarnée par une marionnette que Violaine manipulera en
tenue d'empereur...
Cécile à la flûte et Alice à la harpe incarneront à
toutes les deux des rôles plus abstraits, dont celui de
l'oiseau. Pour l'incarnation de cet oiseau au chant magique, Tristan
envisage un grand châle tressé et tissé de fils dorés et soyeux,
retombant jusqu'au sol avec à leur extrémité des plumes légères
volantes au moindre mouvement. L'oiseau est la lumière, la vie, la
musique... il est une âme, un esprit, une apparition. On a donc une
harmonie colorée "tranchée" aux couleurs fortes qui répondent
aussi à cette séparation des mondes sauvages, libres et naturels,
avec celui de l'empire et de l'enfermement, présente aussi bien dans
l'écriture musicale, que dans la création du décor scénique.
Les Décors
Un premier panneau emprunterait un décor proche des arts décoratifs chinois.
L'ornementation y est très riche, chargée en couleurs vive, saturée et contrastée. Ce décor
est très construit, architecturé, rigide, statique.
Le second panneau utiliserait un vocabulaire graphique proche des estampes chinoises. Les
nuances de couleur y seront douces. Le décor suggèrerait le monde végétal, le mouvement.
Afin de donner un caractère dramatique à la scène, le rôle des ombres et des
lumières aura une grande importance, il fera aussi référence au théâtre d’ombres chinoises.
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Le conte du Rossignol est construit à partir d'une opposition entre deux thèmes. D'un côté,
nous trouvons le monde de la cour impériale. Il illustre la civilisation, la richesse, l'austérité
et la mort. De l'autre nous avons le monde naturel, la forêt, qui représente la liberté, la
jeunesse et la vie.
Le parti-pris de Bertrand Le Conte est donc d'illustrer cette opposition par le décor. Un
diptyque monumental pourrait exprimer ce contraste.
Le jeu des lumières aura une grande importance, il fera aussi référence au théâtre d’ombres
chinoises.
Le Graphisme
Sur le plan de la communication graphique, Brian Calvez conçois une plaquette de
présentation format feuille A4 pliée en deux, une affiche format A2 et un flyer format A5.
Pour ces trois supports, il compte garder une certaine uniformité. A partir des décors et des
costumes du conte, il entreprend de restituer fidèlement l’esprit du spectacle en reprenant
ainsi divers éléments présents sur scène. Il souhaite également susciter l’attention des petits
et des grands, en illustrant à la façon « dessin réaliste » mais aussi en stimulant l’imaginaire
et la magie. Il songe à des couleurs chatoyantes et à un univers mêlant baroque et sérénité,
d’un côté des ornementations et de l’autre un style épuré. Seront représentés, l’oiseau
mécanique étincelant et ses engrenages, une cage-harpe, l’empereur noyé dans un décor
d’ornementations, des roseaux et une flûte traversière au milieu de ces derniers…