La nudité dont nous n' avions pas honte

C' était notre ignorance de nos corps

Qui flanc à flanc avaient la grace prompte

Qu’ on voit dans l’ herbe aux grands félins soyeux

Eux qui pour l’ eau et non pour leur image

Vont boire aux lacs sans les troubler des yeux.

De même nos regards étaient limpides

Aucun de nous n’ ayant idée de s’ y voir vu.

Mais voici que de tous tes pores tu t’ admires

Au point de supplanter l’ univers à ma vue

Et moi qui te sens proche et loin jusqu’ au vertige

Je défaille où rien n’ est sinon que tu es nue.

 

 

 

in L' Autre, Gallimard, 1980