Trois familles espérantophones ont choisi de parler à la maison en espéranto et d’élever leurs enfants dans le bi- ou tri-linguisme.
Ces enfants ont la particularité d’avoir appris l’espéranto comme d’autres enfants apprennent le français, à savoir sans cours, par l’écoute quotidienne de leurs parents.
Il existe dans le monde entre 1000 et 2000 enfants qui ont été élevés avec l’espéranto comme langue maternelle, on les appelle les « denaskuloj » (ceux qui sont de naissance).
Bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Jesper et Lisa : Marius (7 ans) et Flora (bientôt 6 ans) habitent à Bourg-la-Reine, dans la proche banlieue parisienne. Leur papa Jesper a 41 ans et est professeur de physique théorique. La maman Lisa a 38 ans et est ingénieur dans le domaine nucléaire.
Bertrand : 37 ans, informaticien, habitant de Guyancourt dans les Yvelines. Mon fils Ivan a six ans.
Cyrille : J’ai 42 ans, je suis ingénieur et vis en Alsace à Obernai. J’ai 3 filles : Amy, bientôt 14 ans, Mary 11 ans et Jenny 7 ans.

Expliquez-nous ce qui vous a poussé à apprendre l’espéranto à vos enfants ?
J et L : Nous, les parents, nous sommes rencontrés par l’espéranto, à une rencontre internationale il y 18 ans. Notre première langue commune est l’espéranto et c’est la langue que nous utilisons à la maison. L’arrivée des enfants n’a rien changé à cela et nous leur parlons donc en espéranto depuis la naissance. Les enfants parlent aussi couramment le français, qui est la langue de la maman et de l’environnement quotidien, et le danois, qui est la langue du papa et de sa famille qu’ils rencontrent régulièrement.
B : Pas grand-chose, en fait cela m’a paru assez naturel. Pour moi l’espéranto est une passion, pour Ivan c’est un plus.
C : En 2003, nous avons pris conscience que nos filles allaient être monolingues et rencontrer les mêmes ennuis que nous, car nous sommes tous les deux Français et nous avons grandi en français. Nous avons découvert l’espéranto à peu près au même moment et nous avons décidé de rattraper la situation. Les deux aînées n’ont pas toujours été bilingues, mais elles n’ont pas de souvenir d’avoir été monolingues. L’espéranto a toujours été présent dans leur vie. Quant à la petite dernière, je ne me suis jamais adressé à elle en français.
Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?
J et L : Il n’y a pas eu de véritables difficultés, mais beaucoup de plaisir. L’aîné a commencé à parler quelques mois plus tard que la moyenne, mais avec trois langues à maîtriser cela n’a rien de bien inquiétant.
B : Aucune.
C : Le point qui nous pose le plus de problèmes est le passage à l’écrit. Les livres pour enfants sont peu nombreux, relativement chers et souvent dépassés. Tant graphiquement que par leur contenu. Or l’enfant a le choix entre l’offre en langue française, une des plus étendues au monde, et celle de l’espéranto, une langue dont même ses professeurs n’ont pas toujours entendu parler. Dans ce domaine, les examens du cadre européen sont un vrai miracle pour donner de la reconnaissance et de la légitimité à ce que vit l’enfant.