A qui profite la pluie quand les gouttes sont de cendres ?

 
«A toi Jas. J'ai joué avec toi et j'ai perdu. Je te laisse Jas, je te laisse dans ta tour d'ivoire, continue à inventer le jeu, tu sais que tu ne pourras jamais le perdre. Tu peux rire encore et encore de la douleur des hommes, puisqu’elle ne peut être issue que d'une boue que toi même tu alimentes… » . Ainsi fut écrit le mot de la fin de cette histoire.
 
On s’est quitté au moment où il allait devenir absolument pathétique. Quand un homme réussit à me rendre braise, quand il possède un charisme à me couper le souffle, quand il n’a pas peur de la femme multiple que je suis, quand il croit en moi autant que je crois en lui alors il est difficile que je lui dise non, surtout lorsqu’il me demande de le sucer après avoir mangé, je l’ai fait une fois et j’avais la nausée, dans les minutes qui suivent j’avais compris que le dégoût était un point de départ, satisfaire l’autre est une mission noble, quand il frémira de plaisir comme ce pèlerin à genoux devant son seigneur, je serai à la fois maître et esclave. Je le regarde et je sais que je l’obsède et possède. Il nous faut sans cesse sombrer dans la médiocrité pour savoir lequel de nous deux se hait lui-même plus que l’autre. entre deux individus, l’harmonie n’est jamais donnée car elle doit indéfiniment se conquérir. 
Toutes mes histoires sont éphémères, mon présent nargue l’éternité. Je saurai que je n’ai plus envie de toi quand j’écarterai encore une fois mes jambes pour savoir si tu as écarté cette envie de moi, et si c’est le cas je m’autoriserai à tout envahir pour te noyer dans l’infini, tu ne reviendras point pour troubler cette sérénité que je ne suis pas prête à quitter.
Le monde me traverse, je suis seule sans solitude, je suis à la fois l’île et le bateau et ce marin qui rêve d’arrêter le temps sans cesser d’avancer, heureux de découvrir quelques contrées lointaines et inconnues ,mais triste d’avoir quitté les siens.
Mes hommes ne sont que des pions sacrifiés sur un échiquier, vite oubliés. Le deuil des hommes je l’ai porté depuis toujours, à 25 ans j’ai porté celui de mon père, il est décédé un 16 mars, c’était un homme pas comme les autres, peut-être parce que c’est mon père. Quant à ma mère, elle ne parle presque plus de lui, elle ne l’a pas oublié, je le sais, mais elle survit de l’intérieur, dans la distance, la mort, le souvenir et le silence auquel se heurte son chagrin.
Je suis désormais dans la phase hypocrite de la gentillesse, de la tolérance, de l'acceptation et de la politesse. Malheureusement je n'ai pas toujours la patience des gens qui sont comme toi, souvent insignifiants et indécis. J'ai le sens du sacrifice quand une personne le mérite, mais personne n'a su m'infliger la rigueur de l'obligation, bien que je le regrette parfois car je m'intégrerais bien plus facilement dans le monde actuel.
J’ai jeté ta clef pour fermer la porte derrière moi sans regret…Mon exil je l’ai trouvé et à lui je dis :
 
Il y aura tant de choses à regretter si
Je ne t’avais pas rencontré…
Je te le dirai des milliers de fois,
Je ne suis plus un mystère obscur
Je serai ta lumière, ton repère
Tu reviendras pour l’ultime prière
Nos âmes, de cendre et de terre !
 
JAS, extrait de mes "Histoires Inachevées",2008