Muse ne pars pas reste encore, ne pars pas…
Minuit trente, je suis toujours dans ses bras, mais je dois rentrer chez moi.
  
Le lendemain, chez moi, dans mon lit, tous mes sens étaient en agonie, l’odeur de sa peau me manquait, son regard, le goût du tabac sur le bout de sa langue, ses caresses, nos silences ponctués par le désir qui nous engloutit dans ces draps .
Je t’aime me dit-il, je t’aime tellement Muse. Ses gestes sont tendres et rassurants, les miens m’inquiètent, quand je le prends dans mes bras je perds la mémoire, mon corps se vide, cette sensation au centre du corps, je ne me connais plus, je suis égarée au fond de moi-même.
Mon bonheur est plein de désespoir , je sais que je vais le quitter comme j’avais quitté d’autres. Pas lui me dit mon cœur, quant à ma raison, celle qui assassine et enterre, s’attife pour un nouvel enterrement.
Je viens de recevoir un sms de Fab  « pourquoi tu ne me dis plus rien, tu me quittes sans me dire pourquoi, je veux te voir, je veux comprendre. Bonnes fêtes ma Jas ».
Pourquoi je te quitte ?mille raisons me poussent à le faire !
Pourquoi à votre avis un homme quitte sa femme pour une autre ?ça ne s’explique pas, il ne faut pas chercher à comprendre, parce que souvent ça fait mal très mal, les séparations font souvent mal, cette douleur dans la poitrine qui s’accentue à chaque respiration, l’air est comme un couteau aiguisé entre les mains d’un apprenti boucher.
La nature humaine aime le mouvement, le changement, l’aventure, l’inconnu, on s’aventure parce que cette quête est si importante,égoïstement intense qu’elle emporte avec elle, tel un déluge, vers des rives inconnues, tous ceux qui nous entourent et qui peuvent lui barricader le passage.
La passion, je pensais à Kant qui disait que «La passion est une maladie, qui résiste à tous les moyens thérapeutiques, et qui est pire que tous ces mouvements passagers de l'âme… »
Je ne sais pas comment lui répondre, je sais que donner une explication aussi surréaliste soit-elle ne me demandera qu’une minute pour rédiger et envoyer mon sms. Dieu sait combien de fois j’ai assisté à un piètre spectacle dont il était le héros. Les hommes qui me mentent et trahissent sont toujours servis d’un plat froid nommé « vengeance ».Il est vain d’expliquer à une personne qui se croit si futée, si rusée et si sournoise que son jeu est si évident que toutes ses mises en scène ne sont que perte de temps. J’observe, je ne dis rien je souris et j’applaudis la bêtise humaine. Je suis loin d’être parfaite, mais j’ai une qualité qui ne me fausse jamais compagnie c’est la franchise, qui parfois blesse, mais me donne toujours raison. Fab n’est plus, ma raison l’a enterré vivant !
Mon cœur est triste, il pleure sans larmes, « S » me manque, il est chez lui, il pense à moi. Ce soir-là il tremblait, « c’est l’émotion » dit-il, « je suis heureux que tu sois venue Muse », il est sincère je le sais, je le sens, nous nous sommes amusés à rêver d’un futur où nous serions ensemble sous le même toit, nous rêvons de projets communs…Le doute s’installa, je recule, j’hésite. Ma coupe de champagne est vide, sur sa paroi quelques bulles qui n’ont pas eu le plaisir d’effleurer mes lèvres, je regarde avec tendresse cet homme qui m’aime, je sais que dans mon regard il voyait monter mon désir…
Le douce pente du temps berçait ces quelques heures passées auprès de mon amant, quand je l’avais quitté ce soir-là je savais que j’allais l’aimer, peut-être que je l’aime déjà…
 
Jas, extrait de mes « Histoires inachevées »