Hier soir elle m’appelle pour m’annoncer qu’elle est amoureuse et qu’elle partait à Cuba pour quatre jours avec ALexandre. Comme d’habitude, je ne comprenais rien à son histoire, d’ailleurs je ne savais pas de qui elle me parlait, elle en connaît tellement que je n’arrive plus à suivre toutes ses histoires. Mon voisin, disait-elle, mais si je t‘ai déjà parlé de lui, la quarantaine, vit seul, très séduisant mais qui snobe tout le monde, tu sais un jour vous vous êtres croisés dans l’ascenseur et il ne t’a même pas dit bonjour, du coup pour lui faire payer son impolitesse tu as prétexté que tu te souvenais plus de l’étage où habitait ta meilleure amie et tu as appuyé sur tous les boutons de l’ascenseur.

Je ne savais pas qu’elle avait un faible pour cet homme, à vrai dire j’ai hâte de connaître la suite de leur histoire, si Lili arrive à le séduire, il sera "cuit" !
J’ai une admiration pour elle parce qu’elle sait quand et comment séduire ou larguer un homme. Elle les fait languir, insulte quand elle se tape sa crise, nargue, leur raccroche au nez, ne leur donne jamais l’occasion de prendre le dessus, avec elle le futur d’une relation reste incertain, elle se moque de l’attachement et du mal qu’elle peut faire à un homme amoureux. Elle prend son pied et elle jette sans remord. J’avoue que c’est une séductrice née, regard espiègle, sourire charmeur, belle et très désirable.
-Cela fait des mois que je suis sur ce dossier, c’est un putain de défi si tu savais.
-Je veux bien te croire...
-Il a tout pour plaire à une femme comme moi, j’aime quand il me regarde et me snobe, tu sais quoi, ça m’excite grave…
-Tu sais que tu es un cas toi, tu ne changeras donc jamais ?!
Sourire
-Ecoute, je l’ai laissé faire son indifférent jusqu’au jour où je l’ai vu avec une pétasse dans l’ascenseur, tu sais le genre de fille que je déteste, sophistiquée, parisienne de droite, vraie-fausse blonde, branchée et qui ne bouffe que des barres taillefine aux céréales & chocolat, une pomme et un contrex 50cl qu’elle avale en petites gorgées…Bref, quand je les ai vu ensemble j’ai vu rouge, le soir même j’ai invité David chez moi, la musique à fond rien que pour le faire chier !Tu sais ce qu’il a fait le lendemain ? il m’a glissé un papier sous ma porte pour me dire qu’il apprécierait que je fasse moins de bruit après 10h du soir, surtout un jeudi soir. J’ai déroulé un bout de PQ « pécu » et je lui ai écrit dessus : 
 
Monsieur mon voisin,

vous avez suffisamment de longueur sur ce papier pour me faire tous les reproches qui vous passent par la tête. J’ai bien reçu votre message mais je ne vous promettrai pas de rester sage après dix heures du soir.

Après cet incident , on s’est croisé deux fois dans l’ascenseur, je lui ai même pas adressé la parole, on s’est contenté de se regarder sans un mot. Nous sommes restés muets l’un face à l’autre pendant une semaine, bizarrement je ne le regardais plus comme avant, cet homme m’attirait, je craque, il me plaît, je le trouve de plus en plus séduisant, il me manque quand je ne le vois pas, je guette le moindre bruit dans le couloir…Je suis devenue accros à ce « fantôme », je l’aime je le désire, tout se bouscule dans ma tête, je suis comme un lion dans sa cage, je suis prisonnière de mon propre piège.
-Allez, la suite…Alors que s’est-il passé après ? vous vous êtes parlés ?
-Un soir, on frappa à ma porte, je venais à peine de rentrer du travail, j’ouvre la porte et que vois-je?une dame d’un certain âge et d’une grande classe qui me demanda si elle pouvait passer un coup de fil à son fils Alexandre qui a apparemment oublié que sa chère maman passait le voir vers 18h30.Je l’ai donc invité à entrer, elle passa son coup de fil de mon portable «ben quoi ? c’est l’occasion d’avoir son numéro non ? » et j’avais compris de ce coup de fil qu’il arrivait vers 20h, il n’est que 18h30.La dame me remercia et voulait descendre l’attendre dans le café en bas de chez moi. Je lui ai gentiment proposé de rester et lui offris un café.
Je voulais connaître un maximum sur Alexandre, mon cher voisin et futur amant mais elle ne me parla que de son amour pour la peinture, la photographie, l’art et jamais sur sa vie privée ; c’est une dame d’une grande culture…Je n’avais pas vu le temps passer en compagnie de Gabrielle. Alexandre sonna à ma porte vers 20h45, je l’ai donc invité à prendre un verre, invitation qu’il déclina en prétextant qu’il m’avait assez dérangé avec l’histoire de sa maman et me remercia pour mon accueil et ma gentillesse. Gabrielle, quant à elle, me remercia et m'a promis de passer me voir dès son prochain passage à Paris.
Le lendemain, j’ai trouvé « mon » pécu sous ma porte avec une belle écriture dessus. Alexandre y écriva :
 
Mademoiselle Lili,
Merci d’avoir accueilli ma mère chez vous, elle ne cessa de me parler de vous toute la soirée, si vous acceptiez mon invitation pour un dîner vendredi soir vous feriez de moi le plus heureux des voisins. J’aimerai beaucoup faire votre connaissance.
Bonne journée à vous et à vendredi
 
Alex
 
Faire ma connaissance ?ça veut dire quoi ça ? je suis sa voisine depuis un an et il ne me connaît pas ? oui je sais, je fais ma rebelle et je cherche toujours la petite bête mais c’est tout moi ça. Bon j’ai pesé le pour et le contre, le contre l’a emporté, comme à chaque fois d’ailleurs, donc j’ai décliné son invitation. Chose réfléchie, chose faite.Le soir avant de rentrer chez moi j’ai collé un post-it sur sa porte dans lequel je décline son invitation prétextant un voyage chez des amis mais que je le remerciais pour sa charmante invitation.
J’étais triste, oui triste d’avoir refusé cette invitation, je suis une femme fière, entière et compliquée, je voulais vivre cet instant tant rêvé mais j'avais la trouille de tout foirer. Le problème c’est que vendredi soir je ne savais pas où aller, il n’y avait que ma soeur pour me sortir de ce pétrin, je sais que je vais me taper les cris de mes neveux mais je n’avais pas le choix, Alex ne doit pas me croiser ce week-end-là sinon il saura que je ne voulais tout simplement pas dîner avec lui.
-Pauvre Lili, alors tu as fait quoi ?vas y continue, ton histoire me plaît de plus en plus
Donc, mercredi en rentrant du travail, j’ai trouvé sous ma porte une belle enveloppe blanche, je savais que c’était un message d’Alex.
 
Mademoiselle Lili,

J’ai appris que vous ne pourriez pas dîner avec moi vendredi soir, j’aurai aimé que vous reportiez votre voyage, je voulais connaître cette charmante voisine qui m’intrigue et m’interpelle. Il est vrai que nous n'avions jamais pris du temps pour se parler ouvertement, maintes fois j’ai voulu me rapprocher de vous, vous êtes différente des autres, je vous observais depuis le premier jour , peut-être que vous le saviez déjà car je suis souvent maladroit, mais j’ai besoin de vous parler, besoin que vous m’écoutiez c’est vendredi soir ou jamais.

Alex

J’ai appelé ma soeur pour annuler mon « exile forcé » chez elle, Alexandre passera désormais avant tout.
Cette fois-ci je suis allée sonné à sa porte, il tarda à ouvrir…"j’arrive" dit-il, en ouvrant la porte il était encore au téléphone, en me voyant il s’excusa auprès de son interlocuteur et prétexta une urgence , il m’invita donc à entrer.
-Je suis venue vous dire que je ne partais plus, votre lettre m’a beaucoup touché, j’accepte avec plaisir votre invitation même si je n’aime pas vraiment quand vous avez di….
Il avança vers moi et m’empêcha de continuer mon bla bla bla, il me serra contre lui et m’embrassa. Dans ses bras je n’étais plus rien, je n’existais plus, il n'y avait que lui, lui seul. J’ai baissé les armes et j’ai déclaré la paix .

Depuis ce soir-là je ne suis plus la même, je n’ai cessé de l’aimer,je l'aime de plus en plus chaque jour que Dieu fait. Il me fait l’amour comme un Dieu, j'en redemande encore et encore, je suis comblée et il me gâte. Un soir il m’avoua qu’il est amoureux de moi, il me proposa un voyage de quatre jours en amoureux à Cuba.Je suis amoureuse, oui je le suis, je ne sais pas si notre histoire va durer mais je sais que seul cet homme a su me rendre cette part de femme amoureuse et romantique que j’a perdu avec tous ces crétins qui, un jour, ont croisé mon chemin. Alexandre le grand, le beau l’unique, Alexandre est désormais à moi. 

Un soupçon de jalousie traversa mon âme, mais si ma meilleure amie Lili est heureuse alors je le suis aussi.Finalement tout âme à son double qui l’attend quelque part, parfois ça peut être votre voisin de palier, d’autres fois un étranger au regard doux et ténébreux…Oui, c’est le cas depuis tout à l’heure à cette terrasse de café, un beau brun n’arrête pas de me regarder!
Sourire…
 

Fin

Extrait de mes "Histoires inachevées" Jas 2007