Je me posais la question si c’était le bon choix, et si j’avais tort ? serais-je si prétentieuse au point de croire que mes décisions sont toutes bonnes et que j’avais raison sur toute la ligne ? peut-être que je ne me posais pas les bonnes questions, ils ont fait un choix qui est le leur, pourquoi donc devrai-je me remettre en question à chaque fois qu’ils remettent sur le tapis la même question :

-Tu ne veux vraiment pas avoir d’enfants ? tu vas le regretter tu sais…
Les regrets ! que savent ils de mes regrets, de mes rêves et souhaits ? J’avance comme je peux, j’avance à mon rythme tout simplement. Un enfant n’a pas sa place ici bas, le monde va mal et le peu d’espoir que j’ai, je le garde pour moi, égoïste que je suis !

Je m’oublie dans mon présent, le temps qui passe, assassine balaie d’un coup nos regrets…Le mot magique, la phrase miraculeuse, l’espoir tant attendu sans lequel rien n’est possible, être à ma place qui ne peut être ailleurs qu’ ici, temple de l’illusion et de la douleur.
Sentimentalement t’es une invalide, le sais-tu ?
Il l’a assassiné une deuxième fois, dans les draps du péché. Elle ne l’écoutait plus, elle regardait avec indifférence cet homme qui réclamait l’amour d’une femme qu’il a cru posséder l’instant d’un acte insignifiant où leurs corps étaient comme paralysés.
Désillusion amère, elle a cessé de le regarder, ce quinquagénaire voulait à tout prix confisquer sa jeunesse. Espérer secrètement, s’émouvoir dans le silence, aimer c’est comprendre l’autre même dans son silence…
Elle a rêvé de lui, cet homme qui n’existait désormais que dans l’interdit, elle a rêvé qu’il lui a fait une déclaration d’amour, il lui a dit que malgré la distance il n’a jamais cessé de l’aimer, qu’elle est dans son cœur à jamais, ils se sont embrassés fougueusement, le souvenir d’une étreinte qui l’a plongé dans une mélancolie cruelle. Pourquoi avait-elle fait ce rêve ? elle se posa la question le lendemain mais ne trouva point la réponse devant une tasse de Nespresso sur laquelle est écrit le fameux : What else…Elle sourit malgré sa tristesse !
L’amour est aveugle !
Tel un soldat aveuglé par un tir sur le champs de bataille, qui effleurait les barbelés des bouts des doigts espérant qu’ils ne soient qu’imaginaires et que la délivrance est proche puisque ce n’était qu’un mauvais rêve. L’amour vous désarme !
Ce qu’elle me raconta me laissa pensive, je pensais à lui, chacun de nous deux vit confortablement dans sa bulle, j’espérais un éclair de courage pour percer cette bulle ,on passe peut-être à côté d’une belle histoire, mais comment le lui dire, comment dire à un homme si orgueilleux qu’il a tout faux, comment parler lorsqu'il s'interdit à lui-même la parole ?

Je lis énormément, les livres m’empêchent de penser, les livres sont beaux même si je trouve les points virgules un peut moches et peu esthétiques. Je ne supporte pas les ignares et les incultes. Lorsque j’ai demandé à un ami ce qu’il lisait en ce moment, il m’a répondu, « Rien ,je n’aime pas lire ».
Cette suffisance m’accable, il est certes bon dans son job mais n’avoir que peu d’intérêt pour la littérature, le cinéma, l’art...etc me parait si inconcevable que j’en reste perplexe. Il est si peu raffiné comme tous ceux qui vivent le quotidien avec résignation et s’attachent aux choses banales de la vie.
Des êtres sans relief aucun, transparents ,insignifiants, qui s’émerveillent devant une vitrine de noël ou la voiture d’un patron mégalo, ils comblent l’espace afin que nous autres se sentent moins seuls…C’est prétentieux de nous définir de la sorte, mais comment cohabiter avec des gens qui pensent que le nombrilisme est une religion dont ils sont les gourous….Les hommes sont souvent mauvais exemple ,à force de les côtoyer chaque jour, je suis de plus en plus déçue de ce qu’ils sont devenus.
J’ai envie de partir, tout quitter, tourner la page et passer à autre chose. Le bonheur ne s’achète pas, il se mérite, peu importe le prix que je dois payer, plus rien ne me fait peur.
Il était différent, si différent que je ne supporte plus ni son absence ni son silence .Mon corps et mes sens se refusent à tout intrus, les autres n’existent plus, il le sait et se demande si je n’allais pas encore une fois de plus le quitter malgré cette envie qui m’anime depuis quelques semaines…
-T’es sûre que tu ne me jetteras pas comme toutes les autres fois ?
-Je ne sais pas !
L’affirmation en matière de sentiments est mensonge, et pourtant je sais...
Ils ne vous aiment point !
Elles sont toutes émoustillées devant eux, ces narrateurs frustrés et tourmentés ! je ne savais pas que les mots avaient un tel pouvoir, surtout sur les femmes ! il y a des mystères que je ne pourrais percer, derrière lesquels se cachent des hommes, ombres qui possèdent et obsèdent.

Que seraient devenus ces serials écrivains dont les victimes sont de plus ne plus nombreuses ? récidivistes du verbe, écrivent par préméditation !
Je ne cède pas et pourtant les hommes m’ont beaucoup appris!


Le corps écrit, la plume crie …

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.
J'ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j'ai vu désormais le monde à ta façon
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson.
Louis ARAGON




JAS, extrait de mes "Histoires Inachevées", 22/11/ 2010