Lorsque la boule à facettes s’arrête de tourner les paillettes et les masques tombent, mais que resta-il après une telle mise à nu ?

Quelle vérité peut-on espérer des autres ? Est-ce un grave délit d’être soi ? Je ne veux pas perdre mon âme, je veux la reconquérir.
Je préfère le silence à la parole, je l’observe lui car j’aime l’observer, l’imaginer me serrer contre lui avec ses gestes d’adulte qui a de l’expérience, ce qui me donnait à chaque fois une sensation de vertige, ces gestes là sont des gestes de la vie, des gestes de l’amour.
Je disais à mes amis que le Volcan Islandais était une bonne leçon pour tous ces sprinters de la vie, il a fallu s’arrêter parce que la machine n’en pouvait plus, ils se plaignent tous de ne pas pouvoir partir, tous ces départs sont-ils vraiment nécessaires ? Et puis il y a ceux qui se plaignent de ne pas pouvoir rentrer…Que veulent-ils vraiment ? Je pense qu’ils ne le savent pas, ils ne le savent plus.
J’ai décidé de prendre un break avec moi-même en octobre pour mon anniversaire, prendre une semaine et partir seule pour me ressourcer, être à l’écoute de tous mes sens. J’ai donc décidé de faire ce voyage une fois par an, ce sera mon rituel sacré. Je fréquente tant de gens durant toute l’année et je m’oublie dans leurs histoires qui ne sont nullement miennes. C’est une sorte de fidélité vis-à-vis de moi-même dont je suis la seule à comprendre le sens.
Hier soir, j’ai encore rêvé de mon défunt père, je pleurais chaudement et amèrement sa mort, je n’arrive toujours pas à faire son deuil, c’est peut-être parce que j’ai peur de l’oublier, j’ai peur de la mémoire de l’oubli, celle qui enterre à jamais.
Lui, porte mon désir comme un secret, me dit-il. Je ne répondais pas, je me contentais de contempler l’absence de mes mots, je suis libre de tout désir, de tout secret, je l’écoutais parler parce que dans mon silence je m’écoutais moi, je m’aimais et je me détestais parce que ma seule parole serait un Adieu…Il y avait quelque chose qu’il a fallu enterrer aussi profond que je pouvais, c’était la tentation !
J’ai souvent l’impression que je pouvais communiquer avec lui comme une espèce de télépathie qui s’installait petit à petit entre nous deux, il le sait car je le lis dans son regard, de quoi a t-il peur ? Qu’a-t-il à perdre puisqu’il avait déjà perdu l’essentiel ? Cette distance me fait du bien, m’apaise, je le regarde différemment depuis quelques années déjà, ce n’est plus comme avant, la grande histoire n’était que l’ombre d’un désir fou, j’écrirais un jour sur lui comme Duras l’avait fait dans l’Amant, j’écrirais sur cet homme là, il y aura une urgence sentimentale qui me poussera à le faire, les mots creusent au plus profond de nous, ils nous rassemblent comme ils nous séparent.
Tout ce qui ne brillent pas c’est la vérité de chacun, ce miroir qui ne vous ment pas, c’est ce que vous lisez dans le regard de l’autre et ce qui fait battre votre cœur lorsque vous êtes en apnée sentimentale, la géographie des sentiments n’existe que dans un seul pays…Vous êtes-vous déjà posé la question si vous avez le droit d’y résider ?
Pensez-y…



JAS, extrait de mes "Histoires Inachevées", 25/04/ 2010