Couchée au bord de mon lit telle une offrande que le sommeil s’applique à ignorer. Dans mon insomnie la lucidité devient maîtresse, je pense et repense à tout et dans les moindres détails, la nuit je refais ma journée , je règle mes comptes avec certains, j’organise mes séparations et mes rencontres….Mon cerveau travaille sans relâche et ça devient obsessionnel…
La nuit revient tel un conteur avec ces mêmes histoires qui m’ont fait rêver étant petite, elle me nargue et elle repart  en me laissant sur le seuil de cette porte interdite telle une orpheline!mes orteils sont de glace, je ne cesse de les frotter contre les draps mais le résultat reste le même, l’échec de les réchauffer s’accomplit par cette insomnie impitoyable…
Je me retrouve seule face à l’obscurité, devrai-je allumer ma lampe et noyer mon insomnie dans la lecture ou me contenter d’écrire et réécrire des pages entières dans ma tête et qui disparaîtront le jour levé après une courte nuit de sommeil ?!
Un livre à la main, je lis en prenant soin de ne pas regarder la montre, les heures passent et je ne suis toujours pas fatiguée de tourner ces pages noircies par les rêves d'autruis, je soupçonne mes yeux d’un complot avec l’insomnie, j’en suis convaincue.
Les livres sont mon seul somnifère, l’unique que je prends soin de bien choisir à la Fnac qui est devenue une sorte de pharmacie ambulante, ils ne le savent pas mais moi je le sais, je sais que dans ces rayons je trouverai mes somnifères sans aucune prescription !
Les hommes ne comprennent pas l’insomnie des femmes et moi je ne comprends pas le sommeil des hommes…
Il y a des nuits comme ça, il y en aura d’autres de plus en plus.
Après le vertige de l’insomnie viendra celui des livres, les livres deviennent ce lit sur lequel les mots se couchent au bord de l’infini...

Jas