Les Mots des hommes -ne sont pas souvent ceux des femmes-, un très beau roman que je viens de finir, écrit par une femme qui se cherche et retrouve les hommes qu'elle a jadis aimés. 
 
   
« Quand tu m’as parlé, tu m’as fait l’affront de mentir encore. Il fallait que tu rentres à Paris, un projet de théâtre t’y appelait, toutes les raisons de mettre une distance entre nous étaient bonnes. J’ai suggéré que tu reprennes ta liberté, mais tu as juré que tu m’aimais, et ce soir-là nous avons fait l’amour comme deux adolescents, en gigotant de tous les côtés. Tu ne t’es pas aperçue que je pouvais enfin retenir mes orgasmes. En vérité, ils n’arrivent pas, je m’étais dédoublé, je me voyais faire l’amour avec une femme méprisable qui me prenait pour un con, un esclave qu’on peut  manipuler et posséder à sa guise. 
La haine s’est infiltrée dans nos rapports, elle ne devait plus cesser de grandir et de prospérer.La haine est un lien aussi fort que l’amour. Je te haïssais, mais je voulais voir jusqu’où tu irais. Les deux années qui ont suivi ont été un enfer que je ne revivrai jamais plus. Dix fois tu m’as appelé et abandonné dans des conditions similaires. Tu voulais te faire pardonner, tu sanglotais, perdue et repentante, et tu repartais avec la même urgence, la même indifférence. Tu me portais aux nue, j’étais le seul homme droit et humain que tu aies rencontré, mais tu me bafouais le lendemain en te précipitant à un nouveau rendez-vous de ton amant, dont tu me disais pis que pendre. Je te regardais te débattre, avec répugnance, mais ce spectacle affligeant me fascinait, et c’est pour cela que je t’en veux. Tu as fait de moi un homme cynique et fataliste durant de nombreuses années. » 
 
Extrait de « Les Mots des hommes » par Macha Méril