-Je ne m’excuse pas pour ce que je suis !

 
 
Nos images s’évaporent et laissent derrières elles des miroirs déformés, pourquoi mon Dieu auprès de cet homme je ne suis plus la même, pourquoi ai-je l’impression d’être piégée au milieu de cette toile magique, celle où l’ennui n’a pas de place, le doute, la peur, la fuite ne sont qu’un souvenir lointain ? 
j’ai le vertige, la vue brouillée et les larmes aux yeux. Debout devant cette fenêtre et derrière moi le lit de ces délicieux péchés, je cesse de regarder cet homme parce qu’il n’a plus de visage, il l’a perdu pendant nos ébats et il ne le retrouvera plus, je le sais. Je regarde les rues désertes de cette ville que j’aimerai tant quitter, cette plage que je ne peux voir à cause de ce brouillard lourd et épais, ces hommes et femmes que j’ai tant observé la veille, absorbés par tous ces jeux, autant de stratégies, de sueurs froides, de prières ratées, d’argents jetés dans ces machines qui jouent un air qui ne m’est plus étrange….
De loin, cette chanson de Cabrel qui jadis rythmait mes nuits retentit comme l’ultime instant de vérité, la mienne :

Elle te fera changer la course des nuages,
Balayer tes projets, vieillir bien avant l'âge,
Tu la perdras cent fois dans les vapeurs des ports,
C'est écrit...

Elle rentrera blessée dans les parfums d'un autre,
Tu t'entendras hurler "que les diables l'emportent"
Elle voudra que tu pardonnes, et tu pardonneras,
C'est écrit...
 
Pourquoi plus rien ne m’habite, pourquoi j’ai pris l’habitude de ne plus avoir aucun besoin et pourtant à ce moment précis je redeviens femme plus que jamais.
Je sais qu’une fois de plus, lorsque toutes ces choses à la fois étrangères et familières auraient disparus j’aurai un petit goût d’amertume sur mes lèvres, un de ces sourires froids et laids prendra forme petit à petit, celui qui me redonne cet air de femme blasée, froide, fatale et inaccessible. 
Il n’y a pas d’habitude, il n’y a plus d’amour, il n’y a plus de rêve, mes chemins ne mènent nulle part , ils n’obéissent plus à mes espérances.
Je ne sais plus ce qui me fera avancer parce qu’il fut un temps où l’on ne me demande plus ce qui me fera avancer, il fut un temps où je reconnaissais toutes les saisons même celles qui prennent d’autres chemins pour se perdre dans une intemporalité passive et silencieuse ; mais aujourd’hui tout a changé et rien ne sera plus comme avant.
Je cherche à abréger le temps qui se consume telle cette bougie posée sur cet autel vieilli par tant de prières et espérances dérisoires de quelques âmes pécheresses…
 
(Extrait de mes « Histoires Inachevées »JAS)