C’EST LA VIE
 
 
 
L’autre soir, ma femme et moi partagions nos avis sur la vie. Je lui demandai : « Sylvie, as-tu vu passer ta vie ? » Désolée, elle me répondit qu’elle ne vit point sa vie passer. Etonné, je pensais que Sylvie ne vit sa vie parce qu’elle ne vit pas, ou pas comme il faudrait à mon avis. J’insistais en lui demandant : « Tu ne vis point ta vie passer mais tu vis aujourd’hui ? » Cette question fût suivie d’un long silence… C’est alors qu’une réponse m’apparût comme une fatalité. Sylvie ne vit pas car elle attend sa vie d’ange. Mais c’est un peu prendre une voie de garage car la vie c’est ici et tout de suite. S’il faut attendre sa vie d’ange pour vivre alors la vie perd, glisse entre nos mains, bouche nos yeux et on ne vit plus.
Moi, ma vie je la vis passer et je la vis encore pleinement. La vie est merveilleuse comme une belle femme même si quelque fois elle asservit et lasse. La vie serre mes entrailles et me donne envie de continuer, d’avancer. La vie est comme cette jeune femme à la robe fleurie qui passe devant moi, comme cette nature enivrante, comme une eau de vie parfumée qui me convie à la fête et à l’amour. Oui, la vie est amour. Amour physique, le sexe est un pot qui relie deux envies. Le vit a envi de ces femmes aux envies de vits. Mais ce pont, le vit, ne fais pas l’amour. L’amour c’est la vie et la vie est une corne d’abondance pleine de vivres. Nourritures physiques, spirituelles, c’est un étonnement perpétuel. Il faut savoir profiter des bonnes choses de la vie et ne pas attendre.
Mais c’est vrai que quelques fois la vie se fait moins drôle. La dernière fois, j’allais chez le médecin. Par politesse, il me demanda des nouvelles de ma femme. Je lui dis alors :  « Ne m’en parlez pas, elle ne vit pas. » Le médecin désolé me présenta ses condoléances et je lui répondit : « Vous faites erreur docteur, Sylvie vit, mais elle ne vit pas sa vie passer. » Il me demanda quels étaient ses maux, de les lui décrire et de lui conseiller de consulter. Je lui dis que ses mots étaient ceux que je venais de lui dire, texto ! Que je pouvais lui les écrire s’il voulait. Un silence s’en suivit. Il n’avait pas l’air de comprendre. Il me demanda alors ce qui m’amenait. Je lui dis que j’étais mal et que je voulais avoir l’avis d’un médecin. Il m’a répondu qu’il aurait fallu que je fasse des études. Je le regardais étonné et lui dit : « Ecoutez docteur, c’est bien parce que je n’ai pas fais d’étude que j’aimerais avoir l’avis d’un médecin. » Il haussa les épaules et me dit de me déshabiller. Après m’avoir ausculté, il me dit : ce sont des virus. Je n’aurais jamais cru que ça remontait d’aussi loin. J’étais jeune lorsque je mis pour la dernière fois les pieds en Russie. Je me souviens toutes ces belles poupées qui tombaient pour le bel occidental. Pour elles, j’étais un peu le mystère de l’Ouest. Mon désir tambourinait dans mes veines comme dans une symphonie pour tous ces corps russes. Je ne savais pas qu’il deviendrait requiem ! J’étais pourtant prudent docteur, j’aimais des seins qui prenaient la pilule pour ne pas donner la vie. Pour moi c’était le vit Da ! La vie Niet, trop chère, trop de magouilles gouvernementales. Je vous dis franc, qu’aux russes je ne voulais rien laisser. J’étais en colère et je dis au docteur :  « Si je comprends bien il aurait fallu que je vive une vie tranquille ! Une vie sage où on tourne en rond sur nous même et où on s’enfonce. Je ne peux pas docteur, la vie sans les vices c’est un peu comme ne plus avoir de tête ou comme un cocktail sans gin. »
Le médecin me confirma que c’était viral. Je lui rétorquais tout aussi énervé : « C’est sûr que quand on mal mène trop sa petite vie, la petite vie râle. » Je compris alors que j’étais en préavis de fin de vie. Furieux je lui dis : « Mais docteur, est-ce si mal de vivre ? D’avoir trop vécu je vais mourir ? Et bien Monsieur, je vous laisserais le soin d’annoncer cela à ma femme qui attend sa vie d’ange : « Sylvie, il est mort ! » Et bien c’est ça la vie ! 

Ludovic B.