Les promenades à Paris le long de la Seine, nous montrent de curieuses boites de couleur verte tout le long des quais. Il s’agit de boites à livres, fond de commerce des bouquinistes. Paris est la seule ville au monde à avoir le long des quais cette curiosité. On y trouve des livres communément appelés bouquins, du mot flamand «
boeckin » voulant dire petit livre.
Apparus au seizième siècle, les « estaleurs », humbles marchands, étalaient ou par terre, ou sur des tréteaux, ou dans des boites en bois ou en osier, leurs livres qui étaient souvent en piètre état de conservation.
De peur que des livres interdits ne soient ainsi propagés, les autorités les poursuivaient souvent après dénonciation des «
libraires officiels », d’autant qu’un arrêt du 27 Juin 1577 les assimilait à des voleurs et des receleurs.
Afin de réglementer cette profession, une sentence du 22 Septembre 1578, confirmée par un arrêt d’Avril 1579, interdit «
à toutes personnes de vendre et colporter livres par la cité » sauf douze colporteurs autorisés qui doivent impérativement se tenir deux par deux à six emplacements définis par les autorités. Cependant, dès l’ouverture du Pont Neuf, endroit alors devenu à la mode, ils s’y retrouvent tous et sont alors de nouveau en compétition avec les libraires.
En 1618, les colporteurs agrées sont tenus au port «
d’une marque ou écusson de cuivre » sur le devant de leur pourpoint, avec la mention «
Colporteur ».
A plusieurs reprises de l’histoire de Paris, les libraires-colporteurs-bouquinistes sont chassés. Un édit du 30 Janvier 1619 réserve le Pont-Neuf et les rues avoisinantes aux libraires officiels. Un nouvel arrêt les intime de se réunir à la Chapelle Saint-Yves, rue Saint-Jacques, mais durant la Fronde, c’est toujours au Pont-Neuf que l’on peut acheter aux colporteurs-bouquinistes, les pamphlets ou mazarinades.
Périodiquement les interdictions sont prononcées, montrant par là même qu’elles n’étaient point respectées. Ils proliférèrent même sous la Révolution car Sébastien Mercier dans son ouvrage « Le Nouveau Paris » note ; «
Les rebords des quais sont couverts de livres ». On y trouve alors souvent des ouvrages de personnes émigrées ou guillotinées, qui ont été pillées. Bien sûr, les libraires officiels continuent de se plaindre de cette concurrence.
Enfin l’ordonnance du 31 Octobre 1822 reconnaît et règlement la profession de bouquiniste. Sous les travaux de Haussaman dans la capitale, ils sont menacés de disparaître, mais le décret du 10 Octobre 1859 consacre leur maintien.
En 1891, ils obtiennent la permission de laisser leurs boites à bouquins en permanence sur les parapets.
Constitués en Chambre syndicale depuis 1904, ils sont environ deux cents cinquante actuellement et sont un des intérêts majeurs de la promenade le long des quais.
A. Fierro, « Histoire et dictionnaire de Paris », coll. Bouquins, Ed. Robert Laffont.
L. Lanoizelée, « Les bouquinistes des quais de Paris », 1956.