Mais brusquement, on sonne à la porte et un homme écarte Lucy en montant l’escalier quatre à quatre. « Après cinq ans en Inde, Clarissa va me recevoir » Qui peut oser la déranger à 11h du matin, le jour où elle donne une réception en entendant la main sur la porte. Elle fait mine de cacher sa robe. C’est Peter Walsh. Il a vieilli mais a l’air en forme ; il sort un couteau de sa poche et en ouvre à moitié la lame. « C’est merveilleux de vous revoir ! » dit Clarissa. Il est arrivé à Londres la veille au soir et doit repartir tout de suite pour la campagne. Il demande des nouvelles de Richard et d’Elizabeth tout en se disant qu’il n’y a rien de pire pour les femmes que le mariage et la politique et le fait d’avoir un mari conservateur comme Richard. Clarissa répond que Richard est à une commission de la Chambre et demande la permission de continuer son ouvrage de couture pour que sa robe soit prête pour sa réception : « A laquelle je ne vous demanderai pas de venir, mon cher Peter ». Et pourquoi ne l’inviterait-elle pas à sa réception ? se demande-t-il.
Elle se rappelle combien il lui a été difficile de se décider à ne pas l’épouser et lui rappelle les stores qui claquaient à Bourton. Peter ne s’entendait guère avec Justin Parry, un vieil homme au caractère chagrin. « C’est Herbert qui a Bourton » dit-elle « Je n’y vais plus jamais ». « Vous vous rappelez le lac ? » dit-elle plus tard pour rompre le malaise. Il répond oui mais a envie de lui dire d’arrêter, qu’il n’est pas vieux, tout juste la cinquantaine. Il se demande s’il doit lui parler mais elle est trop froide. A côté de Clarissa, Daisy a l’air ordinaire. Elle va le prendre pour un raté, ce qu’il est par rapport à cet intérieur. Il déteste le côté bien pensant de tout ça. Lucy apporte l’argenterie. Réflexions mutuelles des deux amis l’un sur l’autre. Il faut toujours qu’il vous fasse sentir frivole et écervelée. Elle convoque à son tour les choses qu’elle aime et que Peter aujourd’hui ne connaît pas. « Et alors, qu’est-ce que vous devenez ? » Ces deux énergies se défient comme des chevaux avant la bataille. « Des foules de choses ! » « Je suis amoureux … amoureux d’une jeune femme en Inde » Peter Walsh a six mois de plus que Clarissa mais une force indomptable lui donne un air juvénile. Elle lui demande de qui. « D’une femme mariée… la femme d’un major de l’Armée des Indes ». Daisy a deux jeunes enfants : un garçon et une fille et Peter est venu consulter ses avocats à propos du divorce.
Clarissa pense que, toute sa vie, Peter s’est fait avoir. D’abord en se faisant renvoyer d’Oxford, ensuite en épousant la fille qu’il avait rencontrée sur le bateau qui l’emmenait aux Indes et maintenant la femme d’un major de l’Armée des Indes. Les avocats et les notaires, Messieurs Hooper & Grateley de Lincoln’s Inn, vont prendre les choses en main. Il se met à se rogner les ongles avec son couteau ce qui agace Clarissa. Brusquement, Peter fond en larmes. Clarissa lui prend la main et l’embrasse puis tout se calme.

Pour elle, tout est terminé maintenant ; elle est seule dans sa tour et Richard déjeune avec Lady Bruton. Peter se lève, va à la fenêtre, lui tourne le dos, se passe nerveusement un grand mouchoir sur le visage et se mouche bruyamment. Clarissa se lève du sofa et va vers Peter qui médite sur le pouvoir intact de Clarissa à faire se lever la lune comme dans le ciel d’été à Bourton . Il lui demande si elle est heureuse mais déjà la porte s’ouvre. Big Ben sonne 11h30 : « Big Ben sonnant la demi-heure résonna entre eux avec une vigueur extraordinaire, comme si un jeune homme, solide, indifférent, sans-gêne, agitait des haltères en tous sens ». Peter salue les deux femmes et s’en va. Clarissa lui demande de ne pas oublier sa soirée.