Étrange embarcation, héritée telle quelle du Moyen Âge, et d’un noir tout particulier comme on n’en voit qu’aux cercueils, – cela rappelle les silencieuses et criminelles aventures de nuits où l’on n’entend que le clapotis des eaux, cela suggère l’idée de la mort elle-même, de corps transportés sur des civières, d’événements funèbres, d’un suprême et muet voyage.


D’être seul et de se taire, on voit les choses autrement qu’en société; en même temps qu’elles gardent plus de flou, elles frappent davantage l’esprit; les pensées en deviennent plus graves, elles tendent à se déformer et toujours se teintent de mélancolie. Ce que vous voyez, ce que vous percevez, ce dont en société vous vous seriez débarrassé en échangeant un regard, un rire, un jugement, vous occupe plus qu’il ne convient, et par le silence s’approfondit, prend de la signification, devient événement, aventure, émotion.


Et à la lisière du monde commençait une jonchée de roses, une clarté et une floraison d'une grâce ineffable ; des nuages naissants, immatériels, lumineux, planaient comme des Amours obséquieux dans la vapeur bleuâtre et rosée ; un voile de pourpre tombait sur la mer, qui semblait le porter en avant dans l'ondoiement de ses vagues ; des flèches d'or partaient d'en bas, lancées vers les hauteurs du ciel, et la lueur devenait incendie ; silencieusement, avec une toute-puissance divine, le rouge embrasement, l'incendie flamboyant envahissaient le ciel, et les coursiers sacrés d'Hélios, foulant l'espace de leurs sabots impatients, montaient au firmament.

La mort à Venise




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